Une dette plus grande que celle du canton, des charges loin d’être maîtrisées, une caisse de pension insuffisamment couverte. Ces mauvaises performances lausannoises ont pris possession de la campagne pour les élections communales de mars prochain. Elles en sont même devenues le thème principal, ce qui lui donne un tour tout à fait inédit. Le syndic, Daniel Brélaz, qui tient aussi la caisse communale, est sur la défensive. L’as des maths est-il devenu le cancre des finances publiques?

Les problèmes financiers de Lausanne ne datent pas d’hier, mais le récent classement de ­l’Idheap lui a donné un grand retentissement public en lui attribuant la dernière place dans son classement de la gestion des villes (lire ci-dessous). Depuis, l’opposition de droite multiplie les assauts sur ce sujet, en espérant regagner du terrain dans une capitale vaudoise où elle est réduite à la portion congrue. La majorité rose-rouge-verte occupe en effet 60% du Conseil communal (parlement) et six sièges sur sept à la municipalité.

La plaie de la caisse de pension a été rouverte il y a quelques jours. La municipalité a dû annoncer qu’une nouvelle injection d’une centaine de millions de francs serait nécessaire: les 350 millions de 2008 n’ont pas permis d’atteindre le taux de couverture de 60% promis. «Le syndic reporte à 2012 le moment de prendre les mesures touchant les prestations», se plaint Pierre-Antoine Hildbrand, le spécialiste caisse de pension dans le camp radical-libéral. Et de connecter la double casquette du syndic, qui est également président de la caisse.

Les Verts libéraux, qui espèrent se faire une place dans ces élections, ont lancé une initiative visant à réduire de 7 à 5 le nombre des municipaux. Ils rejoignent l’UDC, déjà présente sur ce thème par une motion. Outre l’accusation implicite d’inutilité de certains élus, cela permettrait d’alléger le ménage de la commune. «Les charges salariales de la Ville ont augmenté de 25% en 10 ans, souligne Benjamin Leroy-Beaulieu, candidat de la droite écologiste à l’exécutif. On ne s’en tirera pas sans une intense réorganisation. «On ne peut pas dire que Daniel Brélaz favorise les dépenses, mais il n’arrive pas à les freiner», observe l’UDC Claude-Alain Voiblet.

Quant à la dette, elle atteint 2,3 milliards de francs. Depuis que le canton a réduit drastiquement la sienne autour de 2 milliards, elle fait tache. Avec 20 000 francs par habitant, Lausanne est la commune la plus endettée du canton, et de loin. Les intérêts engloutissent 70 millions par an, ou «200 000 francs par jour» pour reprendre le calcul grand public agité dans la campagne.

Même les socialistes s’y sont mis. Florence Germond, qui brigue un fauteuil à la municipalité, s’inquiète de la situation des finances lausannoises, dont l’évolution tranche avec celles des autres collectivités publiques. Pesant chacun de ses mots, la colistière de Daniel Brélaz, trouve que le syndic a le mérite d’avoir avancé mais qu’il faut faire un pas de plus. Lausanne souffre visiblement d’un problème structurel, qu’il faut examiner de près. Pour l’heure, elle se garde de proposer des économies mais regarde du côté des autres communes, qui devraient participer davantage aux charges de la ville-centre, et du canton, qui garde dans sa poche les montants reçus à ce titre de la Confédération.

«Ce sont des retombées indirectes de l’affaire grecque, estime Daniel Brélaz à propos de cette effervescence, mais la situation n’a rien de comparable.» Il y voit un «préchauffage électoral intense de ceux qui n’ont pas bougé dans les années 90, quand la dette prenait l’ascenseur», alors qu’elle se stabilise. «Le déficit était de 115 millions aux comptes 2003 alors que nous avons un bénéfice de 20 millions en 2009, ajoute-t-il. Redressement il y a eu, et sans négliger les investissements.»

Reste une inconnue. Ces sujets financiers sont-ils électoralement porteurs? «Non!», répond le syndic, «ce discours sur la majorité faite d’incapables et de gaspilleurs ne va pas prendre.» Même l’opposition admet ouvertement qu’elle se pose la question. Le thème s’est imposé d’autant plus facilement qu’il n’y en a pas beaucoup d’autres. Les grandes options urbanistiques du projet Métamorphose ne sont guère contestées; la politique de toxicomanie a été évacuée vers l’échelon cantonal; les sujets de sécurité sentent le réchauffé, comme l’initiative que la base du PLR lance contre la mendicité. Certains à droite redoutent que toute leur vertu financière ne suffise pas à éviter le scénario catastrophe: l’élection au premier tour des six candidats de la gauche.

L’opposition de droite multiplie les assauts