Élections fédérales

Daniel Brélaz: «Les Verts ne déclinent pas, ils fluctuent»

Le syndic lausannois est élu au Conseil national au moment où son parti subi un revers et se prépare à une législature difficile. Celui qui fut le premier Vert élu dans un parlement national s’exprime sur l’avenir de l’écologie politique en Suisse

Daniel Brélaz fait son retour au Conseil national. Politicien à la longévité exceptionnelle, le syndic de Lausanne savait sa cote de popularité suffisante pour lui permettre de remporter un siège à la Chambre basse. Il avait envisagé le risque qu’il prenne la place de son collègue Christian van Singer, s’il ne permettait pas à son parti de gagner un troisième siège dans le canton de Vaud. Son score menace aussi la coprésidente du parti national, Adèle Thorens, qui pourrait être évincée en cas de défaite de Luc Recordon face au PLR Olivier Français au second tour de l’élection au Conseil des Etats. Le Lausannois se veut rassurant: «Luc Recordon a deux tiers de chance de conserver son siège», dit-il, fidèle à son attachement de mathématicien pour les pronostics. Il s’exprime sur l’avenir de l’écologie politique, compromis par un effondrement des Verts (7,1%) et des Vert’libéraux (4,6%), qui perdent à eux deux neuf sièges au Conseil national.

Avez-vous été élu parce que vous êtes connu?

J’ai été élu sur ma popularité, mais aussi parce que je maîtrise mes dossiers. Mon âge (65 ans), en revanche, a joué en ma défaveur.

Comment expliquez-vous le déclin des Verts?

L’écologie politique est-elle en voie de disparition? Nous ne sommes pas dans une phase de déclin, mais de fluctuation. J’ai connu une époque, à mon entrée au Grand Conseil vaudois en 1978, où les radicaux et les libéraux détenaient 50% des sièges. Aujourd’hui ils sont à 31%. On ne dit pas pour autant qu’ils vont disparaître! Tous les partis sont sujets à des fluctuations.

Mais les Verts n’ont jamais obtenu plus de 10% des sièges au parlement national…

Nous avons connu plusieurs phases. Après une ascension dans les années 1980, nous avons plongé dans les années 1990 avec la crise économique et la montée de l’UDC de Blocher. Puis nous sommes arrivés au sommet en 2007, avec 9% des sièges au parlement. Nous étions aux portes du Conseil fédéral. En 2011, Fukushima a surtout profité aux Vert’libéraux. Etant donné l’extrême réticence du PLR et de l’UDC à bouger sur les questions environnementales, ils ont capté une partie de leur électorat.

Qu’est-ce qui ne fonctionne pas pour les Verts?

Une part de l’électorat, 15 à 20%, est flottante et se détermine au dernier moment. Ces électeurs se renseignent peu et votent en fonction de l’actualité, de manière assez simpliste. Cette année, le franc fort, la crise migratoire en Europe, les conséquences du vote du 9 février sur l’immigration, ont déplacé cet électorat flottant du côté du PLR et de l’UDC. Les gens ont chopé la trouille, ils se sont crus à la gare de Munich, alors même que la Suisse ne connaît pas de crise de réfugiés comme ses voisins. On le sait, c’est là où il y a le moins d’étrangers que l’on vote le plus contre les étrangers. On nous attribue de très fortes compétences sur l’environnement, mais ce thème est jugé moins important. A tort! Car il nous reviendra dans la figure. Avec la nouvelle composition du parlement, nous risquons une régression de 40 années en matière d’environnement.

Cela signifie-t-il qu’il faut changer de stratégie Etre davantage présent sur d’autres thèmes?

On peut gloser sur les réfugiés, mais à part créer un mur à la hongroise, ce qui de toute façon ne fonctionne pas, que peut faire la Suisse de plus, elle qui a déjà un cadre si strict? La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a accéléré les procédures de renvois et l’UDC continue à contester sa réforme. Ceux qui prétendent avoir des solutions n’en ont pas, en réalité. Le PLR est considéré comme le parti qui peut sauver l’économie suisse, alors que Johann Schneider-Ammann s’est contenté de dire qu’il ne faut rien faire. Quant à l’environnement, il y a des solutions, mais elles sont freinées par les partis de droite. Lorsque le Conseil fédéral a déclaré la sortie de la Suisse du nucléaire en 2011, les gens ont considéré que le problème était réglé. Ils se sont trompés.

Vous voulez dire que tout le monde a tort, sauf vous…

Nous devons continuer à construire sur la durée, nous faire entendre, aller sur le terrain, renouveler le message, expliquer, car peu de gens ont des idées concrètes sur les énergies renouvelables.
Faut-il adopter une posture plus combative? Nous sommes déjà combatifs. Nous avons lancé trois initiatives en l’espace de quatre ans. On ne peut pas demander aux militants de s’engager bénévolement à 100%. Surtout si c’est pour lancer à tout-va des référendums et risquer de les perdre. Nous courrions le risque de nous épuiser dans des causes perdues.

Pensez-vous que les Verts devraient s’allier, par exemple avec les Vert’libéraux, pour renforcer leur présence au parlement?

Nous le faisons déjà sur des thématiques. Mais un rapprochement en vue d’une fusion paraît impossible. Les Vert’libéraux préfèrent s’apparenter avec les partis du centre ou de droite, car ils ne veulent surtout pas donner l’impression d’être à gauche.

Les Verts sont-ils desservis par une image d’austérité qui leur colle à la peau?

Je connais la nature humaine: en prônant la frugalité, on prêche dans le désert. L’effet des catastrophes écologiques dure trois ans. Il vaut mieux privilégier les alternatives à l’austérité. Les solutions pour l’énergie et le transport sont là, il faut les développer.

Quelles sont ces solutions?

La transition énergétique vers le solaire et l’éolien. C’est une solution inévitable et universelle, elle existe et elle devient rentable: les énergies renouvelables sont meilleur marché. Il suffit de 100 kilomètres carrés de panneaux solaires, soit 0,25% du territoire de la Suisse – quinze fois moins que pour les routes – pour remplacer toute l’énergie produite par les vieilles centrales. Ou alors, 1500 grandes éoliennes. Le remplacement énergétique ne se fera ni par l’hydraulique, ni par le nucléaire: ces sources de courant reviennent à 15 centimes le kilowatt­heure, alors que d’après mes calculs, l’éolien est en dessous, à 10 centimes. Evidemment, ce qui coûte cher et qui n’avait pas été anticipé par les exploitants, c’est le démantèlement des centrales. Si Axpo n’avait pas investi 700 millions de francs pour sécuriser Beznau, elle serait déjà fermée. Ils maintiennent le réacteur Beznau 2 en vie seulement dans le but de rentabiliser leur investissement.

La Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) se tient à Paris dès le 30 novembre prochain. Jusqu’à présent, aucune de ces rencontres n’a abouti à un texte contraignant pour les Etats. A quoi cela sert-il?

Je crois à la dynamique qu’une telle conférence peut engendrer. La COP21 ne sera pas un échec total. Elle conduit à parler des problèmes et les Etats peuvent difficilement, ensuite, ne s’engager à rien. Les progrès technologiques permettent déjà d’agir. Mais si on attend trop, on va au-devant de catastrophes écologiques. Dans cent ans, on dira que les gens de 2015 sont les plus grands des cons. Je ne veux pas faire partie de ces gens-là.

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