Premier élu Vert sous la coupole fédérale, le syndic de Lausanne Daniel Brélaz commente les difficultés de son parti. Plus qu’une descente inexorable, il voit des hauts et des bas.

Le Temps: Les Verts ont subi des pertes à Lucerne et Bâle-Campagne, mais n’est-ce pas plus préoccupant encore dans un canton urbain comme Zurich?

Daniel Brélaz: Les pertes sont limitées en Ville de Zurich et à Winterthour, où elles profitent aux alternatifs. Elles sont plus importantes dans la périphérie. Dans les autres cantons aussi, nous résistons mieux dans les villes.

– Qu’est-ce qui ne marche pas, selon vous?

– Dans ces mêmes cantons, les élections de 2011 avaient eu lieu juste après Fukushima. Verts et Vert’libéraux avaient réalisé ensemble à Zurich le meilleur résultat de leur histoire. La perte des Vert’libéraux est plus forte que la nôtre. Ce qu’ils avaient acquis retourne au Parti libéraux-radical (PLR), qui rebondit enfin après avoir été laminé. Je crois que les Vert’libéraux subissent encore le contrecoup négatif de leur initiative sur la TVA.

– L’économie verte, un thème impossible à vendre?

– C’est pourtant un thème très réel, avec à la clé des dizaines de milliers d’emplois supplémentaires. Mais il est reste sans doute trop flou pour que les électeurs perçoivent les moyens de sa concrétisation. Beaucoup pensent par ailleurs qu’on a tourné la page du nucléaire. Alors que c’est faux, qu’il y a encore beaucoup de résistances des milieux économiques. Les gens sont pour le recyclage et l’agriculture écologique, mais ils ne voient pas que les Verts en sont les meilleurs défenseurs. Actuellement, il y a des préoccupations pour le franc fort, pour la situation économique. L’UDC n’est pas pénalisée par les conséquences de son initiative du 9 février sur l’immigration de masse. Et s’il y a des déçus, ils mettent leur confiance dans le PLR. Enfin, le terrorisme international fait peur à l’électorat flottant. Il est clair que le climat ne nous est pas favorable.

– Balthasar Glättli, président du groupe des Verts des Chambres fédérales, pense que son parti souffre de faire des campagnes «trop légères». D’accord avec lui?

– Qu’a-t-il voulu dire? La liste «Top 5» (l’alliance PLR/UDC/PDC qui a gagné l’élection zurichoise, ndlr) était soutenue par plusieurs millions de francs. Il est clair que nous n’aurons jamais ces moyens-là. Je ne crois pas non plus que l’argumentation des Verts soit insuffisante, du moins en Suisse romande.

– Votre parti peut-il redresser la barre et comment?

– Les pertes subies jusqu’ici sont dans l’ordre de ce que prévoient les sondages de la SSR. Si cela se reproduit aux élections fédérales, nous perdrons entre trois et six sièges, c’est clair. Mais si nous travaillons bien d’ici l’automne, il est possible de remonter.

– Travailler bien?

– Les Verts ne doivent pas paniquer. Le risque principal serait de se lancer dans tout et n’importe quoi, de faire de l’électoralisme de bas étage. Il y a sans doute des points où nous pouvons développer notre argumentaire, par exemple en insistant sur les aspects négatifs de la mondialisation. Mais ne nous dispersons pas! Si nous cherchons à être polythématiques en six mois, nous ne convaincrons personne. Restons sur nos messages forts, comme Energie2050, un programme réaliste dans ses aspirations.

– Dans votre carrière politique, vous aurez connu l’ascension et la descente des Verts…

– Ce sont plutôt des oscillations. En 1979, j’ai été le premier et seul élu au Conseil national. Puis nous avons été quatre, puis neuf, puis 15, avant de retomber à 11 au milieu des années 90. Après nous sommes remontés jusqu’à 22, notre record de 2007. Aujourd’hui, nous sommes 15 au National et deux aux Etats.

– L’affaiblissement des Verts met-il en danger les majorités roses-vertes au pouvoir dans les grandes villes?

– Je ne sens pas de crainte à court terme pour les villes. Un tournant conservateur en Suisse? C’est ce qui semble s’être produit à Zurich, mais il est trop tôt pour dire que nous nous affaiblirons partout. La Suisse alémanique, la Suisse romande et le Tessin ont leur propre dynamique. Le grand danger que je vois pour les élections fédérales, c’est que le PLR et l’UDC imposent une majorité au Conseil fédéral. Ce serait une catastrophe pour l’environnement.