Le politicien installé dans le fauteuil paraît détendu aux côtés de ses six adversaires. Le socialiste est le premier invité à répondre aux questions du journaliste qui modère le débat public. Il s’y prête avec aisance. Daniel Jositsch caracole en tête des sondages de l’Institut de recherche Sotomo, devant le candidat PLR Ruedi Noser.

Grâce à ce professeur de droit pénal, le Parti socialiste zurichois est en passe de récupérer sa place au Conseil des Etats après 32 ans d’absence. Les deux sièges de la Chambre haute sont vacants et le concurrent UDC, Hans-Ueli Vogt, peine à enthousiasmer la droite, dans son ensemble.

Daniel Jositsch est capable, lui, de ratisser hors de son parti, y compris au sein de l’électorat PLR. Le Zurichois de 50 ans possède le «profil classique» d’un politicien bourgeois, relève d’ailleurs la NZZ: le lieutenant-colonel diplômé de l’Université de Saint-Gall a commencé sa carrière politique dans la commune de Stäfa sur la côte dorée zurichoise, où il réside.

Pas un «politicien de métier»

L’homme au visage arrondi nous accueille dans son bureau de l’université quelques jours après le débat public. Il se passerait volontiers des étiquettes: «On ne peut pas caser les gens dans des tiroirs «gauche/droite», nuance-t-il. Je n’ai pas le profil type d’un parti. Je ne suis pas un «politicien de métier.»

Sur le fond, l’ancien militant écologiste qui s’est battu aux côtés du WWF dans les années 1990 demeure fidèle à la ligne du PS: «Sur les questions environnementales, sociales, de protection des minorités, d’accueil des réfugiés ou d’ouverture internationale», énumère-t-il. Il s’inquiète aussi du sort «des personnes de plus de 50 ans qui ne retrouvent plus de travail». Et veut permettre aux femmes qui travaillent à temps partiel de «faire carrière malgré leurs horaires réduits».

Le président de la Société des employés de commerce mise avant tout sur le partenariat social. Il ne goûte guère certaines initiatives rigides qui émanent de ses propres rangs. «Je ne me suis pas engagé pour l’initiative pour un salaire minimum ou celle «1:12 pour des salaires équitables». Sur ces questions économiques, je suis plus libéral que les syndicalistes», reconnaît-il.

Strict sur la sécurité publique

Alors que l’étudiant Jositsch récoltait des signatures pour la suppression de l’armée, le professeur de droit pénal est devenu plus strict que la moyenne de son parti en matière de sécurité publique. Le conseiller national défend désormais l’armée de milice et plaide pour un droit pénal plus sévère. Il s’est d’ailleurs attiré les foudres de certains collègues romands avec son discours plus répressif. Il est favorable à la nouvelle loi sur le renseignement combattue notamment par les jeunes socialistes.

Mais l’avocat est un orateur habile, sachant mettre les formes. «Il prétend qu’il n’est pas un politicien de métier? Je n’y crois pas. Il sait très bien aborder les thèmes les plus populaires», glisse un représentant de la gauche zurichoise.

Le conseiller national bénéficie en tout cas d’une certaine aisance au parlement. Il maîtrise d’ailleurs les trois langues nationales ainsi que l’espagnol – il a vécu cinq ans à Bogota, en Colombie, pour sa thèse de doctorat.

Au détour de la discussion, et même s’il ne partage pas ses opinions, il loue les qualités d’un Christian Lüscher (PLR/GE), avec lequel il a siégé à la commission des affaires juridiques. «Daniel Jositsch fait passer le bon sens avant le dogme», salue pour sa part son adversaire romand.

Adepte des compromis

Daniel Jositsch est adepte des solutions centristes, des compromis. Comme celui élaboré par Alain Berset sur la réforme de l’AVS: «Il ne faut pas laisser passer cette chance unique de réformer un système qui n’est pas tenable à long terme», souligne-t-il. Il approuve également la récente révision de la CSIAS. L’association qui édicte les recommandations en matière d’aide sociale a réduit les prestations pour les grandes familles et les jeunes.

«En Suisse alémanique, surtout, les citoyens sont solidaires mais supportent très mal les cas qualifiés «d’abus». Il faut faire attention et trouver un système acceptable pour la population. Il est positif que la CSIAS ait revu légèrement ses lignes directrices pour atteindre cet équilibre. La gauche a tendance à tout idéaliser, mais il faut rester réaliste.»

«Je parie que vous allez choisir cette phrase comme titre!» glisse-t-il. Ce n’est pas la première fois que ces déclarations sont reprises en une des médias, provoquant des remous au sein de son parti. Pourtant, il a été élu à l’unanimité ce printemps pour représenter le PS zurichois.

«J’ai eu une discussion avec les jeunes socialistes et les syndicats. Je suis conscient que je ne suis pas le candidat idéal à leurs yeux. Mais le profil dont ils rêvent n’a aucune chance lors d’une élection au Conseil des Etats. Ils ont donc le choix entre ma candidature ou celle d’un UDC.»

Il a reçu leur soutien. «Il y a eu bien sûr de vives discussions», raconte Björn Resener de la Fédération des syndicats zurichois. Mais la «realpolitik» l’a emporté. Comme chez les jeunes socialistes, qui lui manifestent désormais un appui sans faille: «Daniel Jositsch est un homme droit et honnête. C’est un excellent candidat», souligne Oliver Heimgartner, coprésident de la Juso.

Campagne à 300 000 francs

La machine électorale a commencé au printemps 2014 déjà. Avec l’appui de la Société des employés de commerce, du parti et de multiple petits donateurs – «mais aucune grande entreprise» –, le candidat a organisé une bataille s’élevant à quelque 300 000 francs «tout inclus». «Je suis extrêmement organisé. Tout est agendé à l’avance, y compris des moments pour les imprévus. Ce qui me permet de ne pas être stressé», précise-t-il.

Dans son agenda, il réserve également une heure chaque soir pour son appareil de fitness «crosstrainer» après des journées de travail de 15 heures. Le politicien a perdu plus de 30 kilos l’année dernière pour mener une campagne au sommet de sa forme.