L'Etat de Genève fustige la politique menée par les caisses maladie dans le canton (LT du 21.12.2007). Dans un rapport sur la fixation des primes 2008, le Service cantonal de l'assurance maladie critique les caisses pour leur propension à conserver des réserves excessives et à surévaluer les coûts. Quant à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), il est épinglé pour son manque d'empressement à les rappeler à l'ordre. Daniel Wiedmer, à la tête de la division surveillance de l'assurance maladie, assure que l'OFSP fait son travail. Et insiste sur le fait que Genève est un cancre en matière de coûts de la santé.

Le Temps: Les coûts de la santé ont baissé de 2,2% en 2006, l'année qui a servi de référence pour l'évaluation des primes 2008. Mais celles-ci ne baissent que de 0,9%. Comprenez-vous que les Genevois soient furieux?

Daniel Wiedmer: Courant 2007, les coûts sont repartis à la hausse et les assureurs en ont tenu compte en fixant les primes. Genève regarde les choses par le bout de sa lorgnette et c'est normal. Mais de leur côté, les assureurs n'oublient pas qu'il s'agit du canton qui consomme le plus de soins et deux fois plus de médicaments que les autres.

- La gauche genevoise réclame une baisse des primes de 5% pour 2009, est-ce réaliste?

- Nous verrons à l'automne prochain comment ont évolué les coûts. Cela dit, il y a de fortes chances pour que l'augmentation enregistrée cette année se poursuive en 2008. Rien n'indique une inversion de tendance. 5% de baisse paraissent dès lors peu probables.

- A Genève, la plupart des caisses surévaluent leurs coûts et affichent des taux de réserves trop élevés par rapport aux minima fixés par le Conseil fédéral. N'est-ce pas votre rôle de les rappeler à l'ordre?

- Il est vrai qu'à Genève, les assureurs se montrent très prudents, et qu'ils ont, au cours des dernières années, quelque peu surestimé les coûts et les primes, ce qui a entraîné une augmentation des réserves. Mais ce stock est à disposition des Genevois, et l'OFSP fait son travail: depuis deux ans, nous insistons auprès des caisses pour qu'elles puisent dans leurs réserves. Cela permettra de réduire la hausse des primes au cours des prochaines années. Avant toute chose, nous devons veiller à ce que les caisses restent solvables au niveau national. Genève n'est qu'un canton sur 26. En Argovie par exemple, les réserves sont insuffisantes, il faut du temps pour rééquilibrer les choses.

- Le Conseil fédéral vous a pourtant fixé un délai: les réserves doivent avoir baissé d'ici à 2012.

- C'est un objectif que nous nous efforçons d'atteindre, mais nous ne pouvons pas garantir que nous y parviendront, cela dépendra notamment de la situation financière des caisses et des aléas boursiers.

- A llez-vous sévir auprès des caisses qui exercent à Genève?

- Non, nous n'allons pas sévir mais continuer à insister et à faire pression pour que les primes soient calculées au plus juste, car si nous ne pouvons pas fixer les primes, nous les approuvons, et nous mettons ce pouvoir à profit. Mais l'on ne peut rien contre la prudence excessive des assureurs. C'est aux Genevois de faire jouer la concurrence et de choisir les caisses les moins chères.