GENEVE

Daniel Zappelli est réélu triomphalement à son poste de procureur général

Le candidat de l'Entente et de l'UDC a remporté le scrutin de dimanche avec 58,9% des voix, laissant son rival, le socialiste François Paychère, loin derrière. Daniel Zappelli a bénéficié d'une forte mobilisation de son camp.

C'est un score éclatant. Daniel Zappelli a été réélu dimanche à la fonction de procureur général du canton de Genève avec quelque 58% des voix. Le candidat de l'Entente et de l'UDC a ainsi largement devancé son rival de gauche, le socialiste François Paychère, en recueillant 54147 des bulletins contre 38216. La participation s'est élevée à 40,52%, encore un record par rapport aux précédentes élections judiciaires. Récit du dernier acte d'une campagne agitée et analyse des résultats.

La mobilisation

Dès 13h30, les dés semblaient déjà jetés et l'écart n'a fait que se confirmer au fur et à mesure du dépouillement. Premier constat: l'Entente a réussi à mobiliser ses troupes. Ainsi, les communes traditionnellement ancrées à droite ont massivement voté avec un taux de participation plus élevé que la moyenne. Le score de Daniel Zappelli dépasse par endroits les 70%.

La gauche, toujours moins à l'aise sur les questions liées à la sécurité, n'a visiblement pas réussi à faire la différence dans les quartiers populaires. François Paychère remporte certes une petite victoire aux Pâquis, à la Jonction ou aux Cropettes, mais il est distancé dans des communes importantes comme Vernier ou Carouge. Le quartier de la Servette réussit à faire une parfaite égalité entre les deux candidats.

Le dépouillement accéléré mis en place par le service des votations - lequel n'a pas procédé au tri par parti - ne permet pas de savoir quelle liste a été privilégiée lors du vote. Le président de la section de l'UDC genevoise, Soli Pardo, se montre toutefois catégorique. «Le soutien de notre parti a été décisif. La différence s'est faite dans les communes où l'UDC a beaucoup progressé. Cette élection aura démontré à l'Entente que, lorsque nous sommes de la partie, la gauche est battue à plate couture.»

La déception

A gauche, la déception était de mise. Premier arrivé sur les lieux, le conseiller national socialiste Carlo Sommaruga relève aussi que le discours musclé sur la criminalité de rue a porté ses fruits notamment dans les quartiers populaires. «Il était difficile de faire tomber un magistrat en place et, dans ce contexte, le score réalisé par François Paychère est plus qu'honorable», ajoute-t-il.

Malgré la défaite, René Longet, président du Parti socialiste genevois, ne regrette pas d'avoir lancé un challenger contre le procureur général sortant. «Il fallait ouvrir le débat sur la politique pénale. Notre candidat avait un véritable programme sur des questions aussi essentielles que la poursuite de la criminalité en col blanc, les violences domestiques ou la petite délinquance. On a voulu offrir une alternative au peuple.»

La leçon

Alternative que le député libéral Olivier Jornot préfère qualifier d'aventurisme déplacé: «La gauche a provoqué cette élection en remettant en question les compétences techniques de Daniel Zappelli. Or, l'élection n'est pas faite pour donner un écho aux rancœurs du Palais de justice mais pour faire de la politique. Le candidat socialiste n'a pas été un challenger idéologique capable de proposer quelque chose de vraiment différent.»

Le soutien de l'UDC a-t-il joué un rôle important? «Il n'a en tout cas pas nui à Daniel Zappelli», résume Olivier Jornot. Quant à savoir quelle sera la réponse de l'Entente face au renvoi d'ascenseur, les réponses restent floues. Pour le démocrate-chrétien Pascal Pétroz, il s'agit avant tout d'une victoire commune et surtout d'une victoire de Daniel Zappelli lui-même. «Ce sont les attaques indignes dont il a été l'objet qui ont, à mon sens, mobilisé les électeurs de droite», explique ce dernier.

La continuité

Premier arrivé sur les lieux, François Paychère a pris acte de sa défaite (lire ci-dessous). Daniel Zappelli est apparu dans la foulée. A l'occasion d'une conférence de presse improvisée, ce dernier s'est déclaré ravi de ce résultat. «C'est la démonstration que la politique criminelle menée depuis six ans a plu à la population et que celle-ci doit donc être poursuivie», a relevé le vainqueur du jour. Interrogé sur ses priorités à venir, le procureur général a annoncé qu'il entendait privilégier la sécurité dans les quartiers, intensifier la lutte contre le trafic de drogue et demander les moyens adéquats pour ce faire. La réforme de la procédure pénale figure aussi au menu de ses préoccupations tout comme la violence domestique, domaine dans lequel il veut bien reconnaître des améliorations possibles.

Enfin, Daniel Zappelli s'est montré peu emballé par l'idée de verbaliser les consommateurs de stupéfiants pour faire baisser le trafic - thèse défendue dans le Matin Dimanche par le conseiller d'Etat socialiste Laurent Moutinot. «Il faut faire preuve de pragmatisme. Je continuerai à laisser une large marge de manœuvre aux policiers pour qu'ils puissent continuer à recueillir des renseignements auprès des toxicomanes - qui sont aussi des victimes - plutôt que de les verbaliser et de laisser courir les revendeurs.» La querelle est repartie pour un tour.

Publicité