Daniela Corboz

Daniela Corboz, restauratrice sur rail

En début d’année, Daniela Corboz a repris les rênes des wagons-restaurants CFF. L’experte en gastronomie et en communication, qui a sillonné le monde pour Hilton ou Alstom, bourlingue à présent le long des lignes ferroviaires helvétiques avec le sourire comme philosophie d’entreprise

En montant dans le wagon par l’entrée de service, Daniela Corboz dit bonjour chaleureusement à chaque employé. Le responsable du restaurant lui répond d’un «Hoi Daniela» jovial. Elle nous reçoit au premier étage de l’InterRegio Berne-Zurich. En ce mardi matin, la voiture-restaurant est animée, les serveurs apportent cafés et croissants en enjambant les valises et en faisant preuve d’un sens de l’équilibre impressionnant malgré les soubresauts du train.

C’est sur ce lieu de travail atypique que nous faisons connaissance avec la nouvelle directrice d’Elvetino, entreprise affiliée aux CFF qui gère la restauration à bord des trains. Daniela Corboz a pris ses fonctions en avril de cette année et entend bien insuffler son dynamisme à ses tavernes roulantes.

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Une deuxième patrie

Francfortoise d’origine, elle a fait de la Suisse sa deuxième patrie: elle est venue sur les bords du Léman il y a près de vingt-cinq ans pour parfaire sa connaissance du français. «Travailler pour Elvetino, c’est un peu un cercle qui se ferme. Ma carrière a commencé à bord du train Montreux-Zweisimmen, dans un wagon de style Belle Epoque. J’y officiais dans le service.» Elle a ensuite décroché un diplôme à l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL) avant d’être engagée par la chaîne de luxe Hilton, d’abord comme stagiaire, puis en tant qu’employée.

Grâce à ce poste, elle a pu vivre sa passion des voyages. Caracas, Prague, Paris, Francfort, Mayence: elle sillonne le monde avant d’atterrir de nouveau en Suisse, où elle obtient un master en communication d’entreprise. Engagée chez Alstom, elle est de nouveau appelée à se déplacer énormément autour de la planète. Après ce détour dans le monde des turbines, elle entre dans la communication de Compass Group, une chaîne de restauration collective, puis devient responsable du marketing et communication pour la branche immobilière des CFF. La décision de s’installer définitivement en Suisse relève également de considérations familiales: son mari, rencontré à l’EHL, obtient un poste intéressant à Zurich. Ils vivent désormais à Baden, en Argovie, où ils élèvent leurs deux enfants.

Le prix du sourire

Si elle a troqué sa vie de globe-trotteuse pour une existence plus helvétique, elle juge que son travail actuel n’est pas moins trépidant. «Le travail chez Elvetino est loin d’être reposant», dit-elle en riant.

Il faut dire qu’elle reprend la tête de l’entreprise à l’heure où celle-ci doit relever de grands défis. Ainsi, la restauration sur rail fait face à la concurrence croissante des points de vente dans les gares. «C’est d’ailleurs ironique, car lorsque j’étais responsable du marketing pour la branche immobilier des CFF, c’était mon job de rendre le shopping dans les gares plus attractif», plaisante-t-elle.

Elle relativise cependant la pression exercée sur Elvetino. «Nous avons pris des mesures en baissant le prix des boissons sans alcool.» Pourtant, nombreux sont ceux qui considèrent encore que les prix sont trop élevés. A cela, elle réplique: «La bière est peut-être plus chère dans la voiture-restaurant que chez un grossiste, mais elle est servie avec le sourire, la vue, l’ambiance – et dans un verre.»

Par ailleurs, Daniela Corboz met en avant que déjeuner à bord d’un train n’est pas qu’un acte de sustentation. Cela peut aussi être une réelle expérience. «Souvent, nos clients planifient leurs voyages en fonction de cette offre: ils organisent des séances autour d’un repas ou allient le plaisir du goût à celui de la vue, incomparable selon le trajet effectué.» Le service est d’ailleurs tellement primordial que les CFF le maintiennent alors même qu’Elvetino peine à entrer dans les chiffres noirs. «Cela fait partie de l’offre globale des CFF.»

Une vitrine des traditions helvétiques

Au point que la flotte de wagons-restaurants va progressivement augmenter d’une centaine actuellement à 160 dès 2021. Accompagner cet agrandissement, trouver le personnel nécessaire et le former en conséquence sont des tâches colossales, assure Daniela Corboz. Mais elle a également à cœur de transformer ces lieux de restauration-détente en vitrines de la Suisse, une ambition qui s’était quelque peu perdue ces dernières années.

«Le train est une tradition helvétique. Toute la Suisse se retrouve dans nos véhicules et nos restaurants. Il faut que cela se ressente également sur la carte», avance Daniela Corboz. Dès avril 2018, les recettes helvétiques ont retrouvé une place de choix dans les menus proposés à bord, comme l’émincé de veau à la zurichoise, le Rivella ou la polenta tessinoise. Les bières régionales sont également à l’honneur. L’année prochaine, ce seront les vins suisses. Mais ce n’est pas tout: «Nous testons actuellement la fondue», nous confie Daniela Corboz.

En 2013...: L’émincé à la zurichoise et le riz Casimir restent sur les rails

La proximité avec le personnel

L’autre priorité affichée de la femme d’affaires est de maintenir une proximité avec les employés. L’entreprise a souffert d’un dégât d’image l’année dernière, lorsque la presse a révélé l’existence d’un système de points qui pénalisait les collaborateurs peu productifs. A cela s’est ajouté le licenciement du prédécesseur de Daniela Corboz, Wolfgang Winter, auquel les CFF reprochent une gestion dispendieuse et une désinvolture avec les notes de frais. Ces accusations se sont d’ailleurs accompagnées d’une plainte pénale déposée par l’entreprise.

Depuis cet épisode, la direction a été renouvelée dans son ensemble. «Nous faisons tout pour changer la culture d’entreprise. Cela va prendre un certain temps de rétablir la confiance et de rassurer les employés», soutient Daniela Corboz. Le système de points a été aboli dès le début d’année. Elle parle d’un «changement radical». En juin et en fin d’année, la direction a fait une tournée pour rencontrer ceux qui desservent les restaurants à travers la Suisse. Daniela Corboz organise également régulièrement des événements où des employés peuvent rencontrer la direction, afin de «renforcer la cohésion entre les gens de terrain et de bureaux».

Elle n’a d’ailleurs pas hésité à monter au front: avant son entrée en fonction, elle a endossé l’uniforme et travaillé deux semaines aux côtés de ses futurs subordonnés. «C’est un métier gastronomique où s’ajoutent d’autres défis: servir les gens dans un laps de temps très réduit, travailler dans un restaurant en mouvement, être efficace. Ce fut une expérience géniale», assure-t-elle avec enthousiasme.

Daniela Corboz assure vouloir maintenir ce cap: il s’agit pour elle, à la fois de satisfaire les clients et de respecter les employés. «Nous avons à cœur d’être une entreprise ouverte et humaine.»


  • Profil
  • 1973 Naissance à Francfort.
  • 1993 Début des études à l’EHL.
  • 1997 Employée chez Hilton.
  • 2001 Responsable communication pour Alstom.
  • 2006 Marketing et communication pour Compass Group.
  • 2013 Responsable marketing et communication CFF Immobilier.

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