«Appelez-moi Madame la Chancelière. Cette formule ira très bien.» Cette petite phrase, prononcée avec douceur mais autorité, est signée Danielle Gagnaux-Morel. A 41 ans, la directrice de la Station fédérale de recherches en production animale et laitière, aujourd'hui connue sous le nom d'Agroscope Liebefeld-Posieux (ALP), a été choisie par le Conseil d'Etat pour succéder à René Aebischer. L'actuel chancelier prendra sa retraite le 1er juin prochain. Avec la nomination d'une femme, le Conseil d'Etat fait œuvre de pionnier dans les cantons suisses. Fribourg emboîte ainsi le pas à la Confédération, qui a élevé Annemarie Huber-Hotz à ce rang il y a bientôt cinq ans.

Le président du gouvernement, Michel Pittet, n'était pas peu fier de présenter l'heureuse élue. Danielle Gagnaux-Morel est l'ultime rescapée de 47 dossiers déposés. Les femmes ont d'ailleurs retenu toute l'attention de la délégation ministérielle chargée de faire le tri. Sur les six dossiers finalement choisis après une première sélection, la moitié concernait en effet des chancelières en puissance.

Directrice depuis dix ans de l'ALP et de ses 258 employés, Danielle Gagnaux-Morel a su convaincre Ruth Lüthi, Isabelle Chassot et Michel Pittet. Mais pas seulement. Mariée et mère de trois enfants, elle a aussi dû subir le difficile «assessment» d'un groupe de consultants. Comme les cinq autres finalistes, elle est passée à la moulinette du groupe d'experts pendant près de six heures, histoire de jauger sa capacité à gérer le stress. La diplômée en agronomie de l'EPFZ a passé l'épreuve avec succès.

Ses formations en journalisme (elle a travaillé à Agri-Journal), en gestion d'entreprise et en coaching ont également pesé lourd dans le choix du Conseil d'Etat. Son aisance en allemand a été mentionnée, tout comme son parcours atypique. Des études en latin-grec ont ainsi précédé une formation en agronomie et en économie.

Mais cette nomination ne s'est pas faite sans considérations politiques. Le PDC ne perdra ainsi pas son autorité sur la chancellerie. Discrète sur ses opinions politiques, Danielle Gagnaux-Morel ne nie toutefois pas appartenir à la nébuleuse PDC, dont plusieurs membres de sa famille ont porté la bannière au Grand Conseil. Mais de cette coloration politique, elle ne fait pas un leitmotiv pour son action future. Danielle Gagnaux-Morel a également assuré qu'elle avait postulé en raison de son intérêt pour la chose publique et la communauté.

Et celle qui sera communément considérée comme la huitième ministre du gouvernement aura une mission relativement différente de celle de son prédécesseur. Avec l'introduction de la nouvelle Constitution cantonale, la fonction de chancelier a été modifiée. Alors que René Aebischer s'occupait à la fois des affaires du Grand Conseil et de celles du Conseil d'Etat, Danielle Gagnaux-Morel se recentrera sur les seules activités gouvernementales. Tout au plus assurera-t-elle la coordination des affaires entre l'exécutif et le législatif au sein du bureau du Grand Conseil.

La chancelière pourra ainsi prendre en charge des missions plus sensibles du gouvernement. Elle sera notamment en charge de la planification et du contrôle du programme gouvernemental, ainsi que de la modernisation de l'administration. Des tâches que ne pouvait totalement assurer l'actuel chancelier, faute de temps. Si la chancelière perd globalement de son poids politique – son élection ne s'effectue en effet plus par le Grand Conseil –, elle va en revanche gagner en pouvoir au sein du gouvernement. Et c'est tout l'exécutif qui en profitera à son tour pour renforcer son influence et améliorer son efficacité. Michel Pittet de conclure: «La cohésion au sein du Conseil d'Etat est très forte. Une situation qui frustre parfois la presse. Mais le choix d'une chancelière avec un cahier des charges renouvelé devrait encore renforcer la bonne collaboration qui existe entre les ministres.»