Portrait

Darius Azarpey ou la génération NoBillag

Il est Suisse et Iranien, PLR et humaniste. Rencontre avec un enfant du siècle, déjà président, qui veut en finir avec la télé de papa

L’Iran ou la Suisse, le cœur balance. Deux mondes, deux cultures, un même amour. Darius Azarpey est né à Genève mais a grandi à Téhéran. Ses parents tenaient boutique rue Verdaine, non loin du Collège Calvin, lorsque le décès d’une grand-mère – il avait alors un an — rapatria la famille dans l’ancienne Perse.

Téhéran, oui, mais…

Mais le gamin fut étrangement nostalgique de cette Suisse qu’il connaissait pourtant à peine. «Je suis issu d’une classe moyenne et notre vie à Téhéran était agréable mais Genève dans mon imaginaire signifiait liberté. En Iran, on allait en classe en défilant comme des militaires et en chantant l’hymne national. Les filles et les garçons étaient séparés» raconte-t-il. Darius, pas plus haut que trois pommes mais déjà très volontariste, négocie alors avec ses parents le retour en Suisse.

En 2001, la famille retrouve la boutique d’habits et emménage à Malagnou. Darius qui ne parle pas français est très bien accueilli à l’école Le Corbusier. «Je garde en souvenir le premier jour, toute ma classe m’a tendu la main sous le préau. J’étais un étranger mais j’ai vite trouvé ma place». Décembre 2014: Darius est élu président des Jeunes Libéraux-Radicaux genevois.

Fulgurante trajectoire

Trajectoire fulgurante. Le petit Iranien devenu Suisse a serré les poings, ouvert les bouquins (il a obtenu la maturité fédérale) et a fait en sorte d’être meilleur que les autres pour rattraper les autres. «Je voulais surtout parler et comprendre parfaitement le français, ce que j’estime ne pas avoir encore complètement acquis tant cette langue est complexe. L’autre jour, j’étais invité sur un plateau de Léman Bleu et le journaliste m’a demandé: la liberté a bon dos? Je n’ai rien compris à cette expression dont j’ignorais le sens, ce fut très gênant». Le corps a grandi avec l’esprit. S’imposer, en imposer.

Darius qui aime les arts martiaux s’est initié au karaté dès l’âge de 6 ans en Iran et a poursuivi la pratique de ce sport en Suisse à haut niveau (ceinture noire, 1er dan). «Cela a un peu servi de pont entre ma vie là-bas et celle d’ici». Seize années de compétition jusqu’à ses 22 ans et une cinquième place à la coupe du monde en 2014 à Paris. Sa ville de Collonge-Bellerive où il réside désormais et où il siège au conseiller municipal l’a nommé au mérite collongeois.

Pourquoi le PLR?

La politique le titille, l’envie devient urgente de débattre, d’avoir un mot voire deux ou plus à dire. Pourquoi donc cet enfant de l’immigration rejoint-il le PLR, alors qu’on l’attend plus à gauche sur l’échiquier? «J’ai eu longtemps un vrai cœur de socialiste, j’éprouve beaucoup d’empathie. Mon utopie est par exemple d’ouvrir les espaces car je suis contre les frontières. J’ai très envie d’accueillir comme j’ai été reçu, en accompagnant les requérants, en leur donnant accès à l’éducation.»

Mais il faut être pragmatique et défendre la préférence cantonale et nationale, au nom des intérêts élémentaires de notre pays» indique-t-il. Darius a donc mêlé son humanité avec, dit-il, «la raison libérale». Il observe son autre pays (auquel il rend visite chaque été) bouger, émanciper un peu les femmes, le commerce qui reprend, les hôtels qui se construisent, les touristes qui reviennent, Air France qui vient de rouvrir la ligne Paris-Téhéran. Une évolution positive dans un nouveau contexte de liberté entrepreneuriale, estime-t-il. A Genève, plus que le PDC «obtus et étroit d’esprit», le PLR est la plate-forme qui le séduit. A la tête des jeunes du parti, il ouvre grand les portes, débauche un ancien MCG et un ex-socialiste et recense à ce jour 205 membres JPLR «quand les autres partis peinent à en compter 30».

Le modèle de l’UDI française

Son mot d’ordre: déplacer le PLR vers le centre, un peu sur le modèle de l’UDI française avec laquelle il entretient de solides relations que ce soit à Paris ou à Annemasse. Avec les Haut-Savoyards, il réfléchit notamment à cette idée de traversée du lac «qui doit et devra aboutir». Mais sa révolution est sociétale.

Écoutons-le: «Pour ce qui concerne le mariage pour tous, l’adoption, la contraception, l’avortement, je suis et ai toujours été très progressiste. La fédération LGBT a soutenu ma candidature au conseil municipal et j’avais fait du mariage pour tous un des thèmes de la campagne fédérale des jeunes libéraux-radicaux. L’une des réflexions que j’ai en ce moment avec le parti est la légalisation du cannabis. Je continuerai, je l’espère, à me battre pour ces libertés, qui sont malheureusement très souvent confisquées à nos concitoyens par les partis comme le PDC».

La bataille NoBillag

Encore un tacle glissé par le karatéka! Adieu l’Entente? Il ne pense pas à cela, élude, œuvre pour le PLR. Et s’investit si bien qu’on l’envoie se frotter à la SSR. Le président des jeunes libéraux-radicaux vient de prendre la tête, à l’échelle du canton, de la campagne NoBillag pour la suppression des redevances radio et télévision. Les 113 000 signatures validées en janvier dernier vont mener les Suisses aux urnes en 2018. Un engagement risqué tant la RTS est une institution.

Mais les yeux de sa génération ne sont plus rivés sur un écran «qui décide tout pour vous». Il développe: «Quand on s’abonne à un journal, on le fait par choix, avec la SSR nous finançons des programmes qui nous plaisent ou non. Au prix de 400 CHF par an, on peut demander à être plus satisfait. D’autres sources de revenu comme la publicité devraient être privilégiées. Et nous avons déploré des lacunes de gestion, les salaires élevés des dirigeants par exemple, une perte de 70 millions par année».

La SSR idéale de Darius Azarpey invite à un abonnement optionnel aux chaînes, en s’inspirant du pay-per-view de Netflix, des programmes sur demande afin que le consommateur (et non le téléspectateur) puisse choisir ou non de les visionner. Finie la télé de papa? Sourire du jeune homme. «On l’adore mais on veut plus de liberté».

Il soutient que ce n’est pas un coup médiatique, que les jeunes, qu’ils soient de droite ou de gauche, portent cette initiative citoyenne «comme la traversée du lac».


Profil

1993: naissance à Genève

2001: départ d’Iran et retour en Suisse

2014: élu président des jeunes libéraux-radicaux genevois

2016: leader de la campagne NoBillag

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