Télévision

Darius Rochebin passe la main en douceur

Après vingt et un ans de règne sur le téléjournal, le présentateur vedette de la RTS cède sa place à Philippe Revaz en semaine et conserve le week-end en alternance avec Jennifer Covo. Un renouvellement surprise qui devait, tôt ou tard, avoir lieu

C’est un tournant pour la RTS. Avec la nouvelle équipe de présentateurs dévoilée mercredi, la direction entérine un besoin de changement déjà esquissé lors de la campagne sur «No Billag». En douceur toutefois. Présentateur vedette du téléjournal depuis vingt et un ans, Darius Rochebin ne disparaît pas complètement des écrans, mais il sera moins présent. Dès la rentrée d’août, c’est le Valaisan Philippe Revaz, actuel correspondant TV aux Etats-Unis âgé de 45 ans, qui présentera le 19:30 du lundi au jeudi, en alternance avec la Fribourgeoise Claire Burgy, 40 ans, aujourd’hui cheffe de la rubrique culture et société.

Darius Rochebin, 52 ans, présentera, pour sa part, l’ensemble des éditions du week-end (du vendredi au dimanche), en alternance avec Jennifer Covo, déjà en poste, dans une formule renouvelée. Il conserve par ailleurs son émission hebdomadaire Pardonnez-moi. En mai 2017, l’ancien directeur de l’Actualité, Pierre-François Chatton, avait brisé un tabou en osant poser la question de la durabilité d’une figure iconique telle que Darius Rochebin. La réorganisation annoncée entérine une évidence: non, le présentateur préféré des Romands n’est pas irremplaçable.

Nouvel équilibre

L’intéressé se dit, pour sa part, ravi de ces changements «décidés de concert avec la direction»: «Je suis très satisfait de présenter le week-end, ce qui me permettra, en début de semaine, de réaliser de grandes interviews en Suisse et à l’étranger», confie Darius Rochebin dont le taux d’activité ne va pas varier. Il conteste avoir perdu au change en cédant les émissions en semaine. «Le dimanche est un jour d’actualité très fort entre les votations et les élections, estime-t-il. La nouvelle formule comprendra par ailleurs une séquence d’interview allongée. J’ai connu plusieurs systèmes d’alternance, celui-ci n’est qu’un parmi d’autres.» N’est-ce pas, tout de même, un premier pas vers la sortie? «Absolument pas, répond l’intéressé en souriant. Je n’ai pas l’intention de prendre ma retraite de sitôt. D’autant qu’avec la nouvelle formule, je m’engage dans un projet à long terme.»

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A l’interne, l’annonce a surpris les collaborateurs. «On savait que plusieurs personnes avaient passé des tests plateau, mais on ne s’attendait pas à une annonce aussi rapide», confie une journaliste en soulignant que cette discrétion a permis de faire taire d’éventuelles rumeurs. Selon elle, la question de revisiter le TJ se pose depuis un moment. «Il y a la volonté d’apporter plus de chaleur et de décontraction, d’attirer de nouveaux téléspectateurs, précise-t-elle. Une nouvelle formule passe aussi par de nouvelles têtes.» Emission phare de la chaîne publique, le téléjournal concentre 57,4% de parts de marché la semaine et 56,3% le week-end.

Le TJ, une «consécration»

Après avoir longuement patienté, la relève a donc fini par percer? «Ce jour devait arriver, confirme Michel Zendali, journaliste fraîchement retraité de la RTS. Il y a beaucoup de gens qui piétinent, qui ont envie de progresser, le TJ reste une forme de consécration, le but pour les journalistes d’actualité. En ce sens, être allé chercher Philippe Revaz aux Etats-Unis est un bon choix, qui clôt la foire aux vanités.»

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A ses yeux, la réorganisation annoncée est parfaitement dans l’ordre des choses. «Ce sont les règles du jeu, à la télévision comme ailleurs: un jour ou l’autre, il faut céder sa place.» En revanche, pas de quoi dire que la RTS a cédé à une «vague de jeunisme». «Les candidats choisis sont tous expérimentés. Face à un présentateur qui a su imprimer son style et incarner une constance sans faille, ils auront un grand défi à relever.»

«Tournant symbolique»

«Je comprends le tournant symbolique que cela représente pour le téléspectateur, mais il ne faut pas voir cette évolution comme un désaveu, estime pour sa part Agnès Wuthrich, présentatrice du 12h45. Travailler le week-end, ce n’est pas moins de travail qu’en semaine. C’est une nouvelle étape dans sa carrière.»

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