Pour le Rafale français, le marché suisse constitue peu ou prou celui de la dernière chance. Mis à part la Libye qui a pris une option pour une quinzaine d'appareils, le constructeur Dassault a essuyé une pénible série d'échecs aux quatre coins du globe - en Australie, en Arabie saoudite, en Corée du Sud, à Singapour, aux Pays-Bas ainsi qu'au Maroc.

«Une acquisition du Rafale par les Forces aériennes suisses constituerait un excellent moyen de rebondir après avoir été coiffés au poteau par nos concurrents», a avoué un Français présent à Emmen (LU). L'appareil y est actuellement stationné pour passer sous la loupe des spécialistes d'Armasuisse. Ceux-ci évalueront ses aptitudes et sa compatibilité avec les exigences suisses. Rappelons qu'il s'agit de remplacer la flotte vieillissante des Tiger. Le Gripen suédois (LT du 13.08.2008) et l'Eurofighter du consortium européen EADS sont également en lice.

Mardi, lors de la présentation officielle de l'avion de combat, il aura été bien plus question de politique et de participation industrielle que de performances techniques. La présence de l'Etat français derrière l'avionneur Dassault était d'ailleurs perceptible. Aperçu.

• Vols en France et bruit

Un élément pèsera de tout son poids au moment d'effectuer le choix final. C'est la question du bruit. Les Français l'ont bien compris: ils ne manquent pas de souligner que le Rafale a l'avantage de pouvoir décoller sans postcombustion.

Outre ce point, et au moment où Samuel Schmid évalue différentes possibilités pour décharger les populations voisines des aérodromes militaires suisses, les Français offrent ni plus ni moins que leurs installations pour s'entraîner en France. «Cette proposition ouvre des possibilités pour un partenariat sans précédent», avertit Alain Le Dortz, chargé notamment de la Suisse à la Direction générale de l'armement du Ministère français de la défense. Selon lui, la France est prête à offrir des conditions uniques d'entraînement. Soit des exercices menés en commun entre les deux forces aériennes, un échange de personnel, une formation commune sur les Rafale, mais aussi une possibilité d'accès aux capacités aériennes de la France, notamment des avions de surveillance de type Awacs ou d'avions ravitailleurs.

• Développement de l'avion

«Le Rafale suisse sera l'égal du Rafale français», promet Pius Drescher, le délégué général de Rafale international en Suisse. Il souligne que l'offre française ne prévoit «aucune restriction pour l'armement et les transferts de technologie, la Suisse aura accès à des outils très sensibles en matière de guerre électronique», ce qui n'est pas le cas actuellement avec le F/A-18.

Enfin, la France offre surtout à la Suisse la capacité de s'associer au programme Rafale. Selon Pius Drescher, la Suisse pourrait ainsi participer aux évolutions futures de l'avion de combat. Autre détail qui pourrait peser dans la balance, les ententes industrielles entre l'avionneur et le tissu industriel suisse pourraient déboucher sur 150 contrats répartis dans l'ensemble des cantons suisses.

«La France offre tout et laisse à la Suisse le choix de son autonomie», lâche pour résumer Alain Le Dortz. Reste que ces propositions de collaborations, bien qu'attrayantes, pourraient effrayer certains partis politiques, dont l'UDC.

• Technologie et politique

De plus, une zone d'ombre, et de taille, subsiste dans le dossier de Dassault. Dernièrement, un rapport français de la Commission de la défense nationale concluait à plusieurs lacunes. Notamment à des défauts dans l'approvisionnement en pièces de rechange et dans les conditions de fabrication de l'avion. Des critiques que la porte-parole de Dassault, Nathalie Bakhos, explique par des défauts de jeunesse dans la chaîne de fabrique.

La représentante du groupe français a en outre souligné que si le Rafale n'avait pas remporté le marché dans plusieurs pays, il était en revanche sorti vainqueur des tests technico-opérationnels. Mais cette technologie de pointe, que personne ne remet en cause, a un prix - environ 60 millions d'euros par unité, sans compter les frais de maintenance. Ce prix pourrait également pénaliser l'offre française alors que la crise financière sévit et que l'achat de cet avion est déjà très controversé en soi. Le peuple aura certainement le dernier mot. Un appareil coûteux et qui apparaît comme un bijou technologique pourrait heurter les sensibilités.

• L'armée américaine doit examiner ses F/A-18 car des petites fissures dans les volets de freinage ont été découvertes. Les avions suisses ne seraient pas concernés, mais le Département de la défense prend tout de même des mesures de précaution. (Le Temps avec l'ATS)