«Pour un jeune de nos quartiers, la Suisse c’est le miroir aux alouettes. Vos frontières sont devenues, pardon, un vrai gruyère. En une heure les courses peuvent être faites.» Patron du syndicat policier Alliance à Lyon, Jean-Paul Borrelly connaît parfaitement la zone «poreuse» entre la France et la Suisse. Il pronostique une recrudescence d’actes criminels «car la police lyonnaise quadrille désormais beaucoup mieux son secteur, les gangs vont donc ailleurs, en priorité vers Genève».

Visite un après-midi de plusieurs postes douaniers: Sézegnin, Soral, Troinex, Perly. Aucun uniforme en vue et des édifices comme à l’abandon. Un gendarme français raconte que c’est par ces routes de campagne que les malfrats engagent leur grosse berline une fois leur méfait commis. Un autre véhicule les y attend, dissimulé dans un sous-bois. Ils brûlent la première puis rallient le réseau autoroutier. Une riveraine française confie: «Depuis deux ans, le climat a changé, la circulation est devenue bizarre, il y a des voitures qui, nous semble-t-il, n’ont rien à faire par ici.»

Coopération plus étroite

La police française, qui ne constate sur son territoire aucune augmentation des délits, se dit extrêmement concernée par les récentes incursions de truands lyonnais en Suisse. Et loue la coopération devenue plus étroite avec la police genevoise «pour mettre en échec une délinquance avant tout française et qui nuit en premier lieu aux Français». Le commandant Alain Besson, qui dirige la compagnie de Saint-Julien-en-Genevois, explique: «Nous nous réunissons une fois par mois, nous effectuons des patrouilles mixtes un jour par semaine, et la grande nouveauté est une interconnexion de nos réseaux grâce à un canal mixte qui permet aux gendarmes français et suisses d’entendre tout ce qui se passe en même temps. Nous l’avons déjà mis en pratique à deux reprises.»

Heureuse initiative, mais pour quelle utilité, sachant que de part et d’autre de la frontière on déplore un sous-effectif? La brigade de Saint-Julien recense ainsi 12 «patrouilleurs». La hiérarchie policière laisse cependant entendre que la réponse aux tentatives de braquage est moins une affaire d’effectifs que de renseignements. «Effectuer une arrestation en flagrant délit est chose rare et soulève le risque des dommages collatéraux sur la population, poursuit le commandant. Nous privilégions un travail en profondeur grâce au Centre de coopération policière et douanière pour aller chercher les informations, les regrouper et ainsi identifier les malfrats.»