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Denise Efionayi-Mader, directrice adjointe du Forum Suisse pour l’étude des migrations et de la population (SFM) de l’Université de Neuchâtel.
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Régularisations

«Dans d’autres cantons, le débat reste tabou»

La décision de Genève fera-t-elle tache d’huile dans le reste de la Suisse?

Pour Denise Efionayi-Mader, directrice adjointe du Forum Suisse pour l’étude des migrations et de la population (SFM) de l’Université de Neuchâtel, le chemin est encore long. Celle qui a participé à une étude sur les sans-papiers en 2015 explique à quel point le débat sur la régularisation varie selon les cantons.

Le Temps: La problématique des sans-papiers est-elle spécifique à la Suisse romande?

Denise Efionayi-Mader: Dans les faits, c’est une réalité commune à toute la Suisse, bien que plus présente dans les villes où l’anonymat est facilité. En revanche, le débat n’existe pas partout. Dans de nombreux cantons alémaniques, les étrangers illégaux restent un tabou. Un déni avant tout politique. Lorsqu’on en parle, le sujet polarise fortement et l’amalgame entre requérants d’asile et sans-papiers est fréquent. De l’autre côté de la Sarine, les Romands sont parfois considérés comme laxistes voire irresponsables. A Genève où le débat existe depuis 20 ans, les lignes ont bougé grâce à des collectifs, des prises de parole publiques et des revendications du gouvernement. Dans beaucoup de cantons alémanique, ces lobbys n'existent pas. C’est aussi ce qui explique l’avancée annoncée mardi.

- Peut-on envisager que d’autres cantons s’inspirent de Genève?

En réalité, deux mouvements antagonistes risquent d’émerger. D’une part, certains cantons comme Bâle-Ville ou Vaud pourraient saisir l’opportunité et s’engouffrer dans la brèche. Des villes comme Zurich pourraient également s’intéresser à la solution genevoise et trouver plus facilement des majorités. Avec cette limite que le dossier des étrangers reste cantonal. D’autre part, la ligne de certains cantons déjà restrictifs, comme le Valais, le Tessin ou l’Argovie pourrait se durcir encore davantage. En matière d’égalité de traitement, un alignement du reste de la Suisse sur Genève serait souhaitable.

- Le risque d’un appel d’air est-il réaliste?

L’appel d’air est un épouvantail qu’on agite systématiquement. Il faut en réalité relativiser. On ne planifie pas sa vie sur cinq ans parce que Genève a assoupli ses conditions de régularisation. L'emploi est le point d’ancrage central des personnes en situation d'illégalité. Or, le marché du travail n’est pas extensible, il y a déjà une concurrence de la part de ressortissants européens. On peut difficilement imaginer qu’un clandestin quitte son poste et déménage à Genève. En raison des risques de contrôles, rappelons aussi que les sans-papiers sont très peu mobiles. 

- Comment expliquer ce pas en avant de la Confédération dans un contexte qui tend plutôt vers la fermeture?

La Confédération a fait preuve d’un pragmatisme sain sur ce sujet. La politique en matière d’asile est un tout autre problème. Sans compter les cas Dublin, on estime qu'environ 60 à 70% des demandes de protection sont acceptées malgré l'impression de durcissement.

Lire aussi:  Genève va régulariser des clandestins

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