La décision était attendue. Vendredi à Berne, la Conférence suisse des hautes écoles (CSHE) a annoncé la répartition de la manne fédérale de 100 millions de francs suisses pour former davantage de médecins. Près de 350 nouvelles places seront créées d’ici 2021 dans toute la Suisse.

A l’avenir, les deux écoles polytechniques fédérales participeront aussi à la formation en médecine humaine. L’Université de Fribourg complétera le bachelor par un master. De nouvelles filières vont s’ouvrir à Saint-Gall, Lucerne et au Tessin. Les universités de Lausanne et de Genève consolideront leur projet d’année passerelle entre sciences de la vie et médecine. Enfin les facultés existantes augmenteront leurs capacités.

Atteindre 1350 diplômés dès 2025

L’objectif du programme fédéral est d’augmenter progressivement le nombre de diplômes en médecine humaine pour atteindre 1350 dès 2025, contre un peu plus de 1000 actuellement. Car la pénurie est programmée. Pour l’association Médecins de famille et de l’enfance, il manquera 2000 généralistes dans quatre ans et plus du double en 2025. L’association a calculé que dans les dix prochaines années, plus de 60% des médecins de famille en exercice prendront leur retraite. Dépendre de médecins formés à l’étranger, dans des cabinets comme dans des hôpitaux, n’est pas une option non plus, surtout depuis l’acceptation de l’initiative contre l’immigration de masse.

«Les cantons ont déjà fait beaucoup d’efforts depuis 2012, confie la conseillère d’Etat vaudoise Anne-Catherine Lyon. Mais la Confédération a joué un rôle d’accélérateur». La collaboration entre les universités de Genève et Lausanne, ainsi que l’EPFL, permettra à une quarantaine de détenteurs d’un bachelor scientifique de bifurquer en médecine après une année passerelle. La Confédération participera à ce projet à hauteur de 3,5 millions pour Genève et 14 millions pour Lausanne.

Rude concurrence

L’initiative visant à combattre la pénurie de personnel qualifié a été lancée en 2011. Et le crédit cadre pour augmenter le nombre d’étudiants en médecine a été accepté en septembre dernier par le Parlement. Restait à constituer la nouvelle carte géographique de cette formation qui est aussi la plus coûteuse. Ce qui n’allait pas de soi.

Le financement fédéral a suscité de nombreuses vocations. L’intérêt des écoles polytechniques pour cette formation a été accueilli avec scepticisme en raison de leur profil purement scientifique. La question de concentrer l’effort sur les facultés existantes ou de créer de nouvelles filières s’est également posée. L’été dernier, le conseiller d’Etat Bernhard Pulver exprimait dans ses colonnes, sa crainte d’une dispersion des moyens, avec des conséquences négatives sur la qualité de l’enseignement.

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Répartir l’effort financier

Toutes ces interrogations ont été balayées par la CSHE. Anne-Catherine Lyon note que les convergences entre la médecine humaine et les technologies sont toujours plus évidentes. La médecine entre dans une nouvelle ère. Bernhard Pulver ajoute que la pénurie frappera de nombreuses disciplines et que le renforcement de la médecine de famille aura ses propres solutions.

La CSHE assume également l’éparpillement géographique des moyens. Cette stratégie permet de répartir l’effort financier. Car le fond fédéral est limité dans le temps et il ne couvre pas l’entier des dépenses. L’arrivée de nouveaux acteurs ouvre aussi davantage de places de stages dans les hôpitaux cantonaux, avec l’espoir que les étudiants se fixent ensuite dans les régions.

Besoin de mesures incitatives

Le programme de la Confédération ne résoudra cependant pas à lui seul le problème de la pénurie. La Conférence suisse des hautes écoles l’a admis en février déjà: les efforts financiers de la Confédération et des cantons devront s’accompagner de mesures incitatives afin d’atteindre une meilleure répartition géographique de médecins et encourager les étudiants à opter pour des spécialités où la pénurie est la plus forte.

A cela s’ajoutent les conditions de travail: une récente étude révèle qu’un médecin sur dix cesse son activité en cours de carrière, en raison notamment du taux d’activité, des horaires ou encore de la difficulté de concilier vie professionnelle et vie privée.