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David Hiler: «Quand on m’appelle, c’est généralement qu’il y a un problème à résoudre»

L’ancien conseiller d’Etat genevois a été élu jeudi à la présidence des Ports francs de Genève. Une nomination surprise qui n’a rien d’anodine: l’institution, sous le feu de la critique pour l’opacité qui y règne, doit évoluer rapidement

«Quand on m’appelle, c’est généralement qu’il y a un problème à résoudre»

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Gros remaniement à la tête des Ports francs et entrepôts de Genève. Dans la foulée de l’affaire Yves Bouvier – patron de Natural Le Coultre, actionnaire et premier locataire des lieux, accusé d’escroquerie sur la vente d’œuvres d’art au milliardaire russe Dmitri Rybolovlev – et alors que ces coffres-forts très secrets sont dans la ligne de mire des garants internationaux de la transparence, le Conseil d’Etat genevois a annoncé jeudi l’élection de David Hiler à la présidence du conseil d’administration de l’institution. L’avocate Marie Flegbo-Berney et le banquier Andreas Stricker entrent également au Conseil. David Hiler commente ce qui a tout d’une décision de crise.

Le Temps: Votre élection à la présidence des Ports francs est une surprise. Il ne s’agit évidemment pas d’une décision anodine?

David Hiler: Pierre Maudet, le magistrat chargé de la sécurité et de l’économie, m’a contacté il y a deux semaines environ. C’est donc à lui qu’il faudrait poser cette question. Mais au vu des événements récents, des pressions internationales et des risques inhérents aux Ports francs – difficiles à maîtriser tant que Berne ne déploiera pas plus de douaniers – le souci du Conseil d’Etat, actionnaire des Ports francs à hauteur de 87%, est de parer au risque que les lieux puissent être utilisés pour des activités de recel ou de blanchiment. Je suis d’accord avec l’analyse précautionneuse du Conseil d’Etat: j’ai donc accepté de relever ce défi pour préparer des années qui vont être compliquées.

Vous l’avez dit, les Ports francs sont dans le viseur d’organisations comme le GAFI ou l’OCDE pour les risques de blanchiment ou d’évasion fiscale qu’ils présentent. Qu’allez-vous faire dans cette galère?

– Généralement, quand on m’appelle, c’est qu’il y a un problème à résoudre. Je pense que c’est une mission importante à mener pour Genève, qui sort à peine des affaires de secret bancaire. Il faut essayer de hâter l’évolution naturelle pour tourner la page de tout ce qui peut ternir la réputation de Genève. On ne parle à ce stade que de risques inhérents, mais il me tient à cœur de faire ce travail. Cela dit, je me rends bien compte que c’est exposé. Mais c’est un challenge intéressant.

Au détour de l’affaire Bouvier-Rybolovlev, les Ports francs sont apparus comme un havre très secret pour le marché de l’art et ses pratiques opaques, pour ne pas dire douteuses. Que pourrez-vous faire, en tant que président du conseil, pour améliorer la transparence de cet univers?

– Au niveau opérationnel, il est trop tôt pour répondre à cette question. La marge de manœuvre du conseil d’administration est a priori restreinte. Parce que le propriétaire des entrepôts n’a pas le pouvoir des douanes. Mais nous pourrons peut-être prendre des précautions qui relèvent de la conformité au droit. Toute la difficulté sera précisément de déterminer ce qui est de notre ressort et de faire une analyse fine des reproches qui sont adressés aux Ports francs, pour voir ce qui est fondé et ce qui ne l’est pas. Il y a aujourd’hui un climat de suspicion, nous devons analyser ce qui est acceptable et ce qui l’est moins, ce que nous pouvons faire et ce qui relève de la force publique fédérale.

Une avocate et un banquier entrent au conseil à vos côtés. Deux profils qui ne sont pas anodins non plus…

– Il s’agit effectivement d’un banquier et d’une avocate spécialiste du droit des sociétés, dont les compétences seront très utiles dans le contexte actuel.

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