On perçoit chez David Payot le soulagement d’avoir été élu au premier tour, dimanche, à la Municipalité de Lausanne. C’était loin d’aller de soi. La droite comptait bien le mettre en difficulté. Mais le candidat popiste a tenu bon, collé aux têtes de liste roses et vertes de la gauche plurielle, grâce à un vote extrêmement compact. Grâce à lui, le Parti ouvrier populaire (POP) sauve l’un de ses tout derniers sièges d’exécutif.

Lundi, l’élu a repris le cœur léger la caravane de l’Avivo avec laquelle il sillonne le canton. Un jour à Clarens, le lendemain à Orbe, un matin à Gland, l’après-midi à Rolle. C’est le temps des déclarations d’impôts, on aide les personnes âgées à remplir leur devoir fiscal. A chaque étape, l’assistant social et ses collègues sont rejoints par des bénévoles du coin. «Sans exagérer, il y a bien 6000 déclarations qui passent par nos mains», compte-t-il

Aux autres saisons? Il y a les prestations complémentaires, le remboursement des frais médicaux, les abus du démarchage à domicile. On sollicite beaucoup l’Avivo pour tout cela. Le nouvel élu travaille depuis 2008 comme assistant social dans cette association de personne âgées, dont l’histoire est étroitement liée à celle du Parti suisse du travail et qui compte aujourd’hui 7 collaborateurs à Lausanne.

Fils de son père

Est-ce pour avoir été élevé par un père âgé que le fils se sent bien avec le troisième âge? Pierre Payot, militant popiste déjà, député et conseiller communal durant des décennies, a pris sa retraite le jour où David a commencé l’école. Agé aujourd’hui de 93 ans, il était là, dimanche, pour la proclamation des résultats.

«Etre jeune dans une association de retraités, cela donne une vision positive de la vieillesse, assure David Payot. Il y a bien sûr le déclin et l’isolement, mais aussi le dynamisme de ceux qui ont désormais le temps de s’impliquer dans des activités sociales. L’âge assoit les personnalités, qui n’ont plus à se battre pour s’affirmer, pour prouver.»

Le blouson et la mèche

Lui bien sûr, à 37 ans, n’en est pas encore là. La campagne juvénile qu’il a menée a peut-être contribué à son succès, face à ses rivaux du PLR, qui ont le même âge mais sont déjà plus formatés. Davantage que son programme, on a remarqué son look, son blouson de cuir noir, sa longue mèche sur le front. Les cheveux, il n’y a rien changé, assure-t-il, mais le perfecto, c’est vrai, a été choisi comme un emblème électoral: «Il est élégant sans être guindé, je trouve qu’il me représente bien.»

Jeune, David Payot ne l’est plus tout à fait en politique. Ses premières expériences de la chose publique remontent à l’affaire Kopp – il se souvient d’avoir demandé à ses parents ce que pouvait bien être l'«argent sale» – et à la chute du Mur de Berlin. A dix-sept ans, il entre au POP, le parti de son père, tout en se disant plus intéressé par les activités associatives que par les échéances électorales. Les mobilisations contre les économies d’Orchidée seront les premières dans lesquelles il s’implique activement. Et voilà onze ans déjà qu’il est entré au Conseil communal de Lausanne, comme premier des viennent-ensuite d’abord, deux fois réélu par la suite.

Je ne fais pas de politique par goût du sacrifice

A ce point de son parcours, on le sent tranquille. Pour la force, ce n’est pas encore ça. Sa présence sur la liste de la gauche unie a pu surprendre, tant l’élu popiste est loin de s’être affirmé comme une figure incontournable de l’hémicycle lausannois. Non que ses compétences soient contestées: on lui reconnaît pertinence et efficacité dans son travail au parlement communal. Mais sa personnalité est à cent lieues, non seulement d’un tribun du peuple brandissant le drapeau rouge, mais même du politicien imposant dans l’arène sa place et ses convictions.

Ce garçon doux et souriant, auquel il faut tirer les vers du nez, convient que son manque d’affirmation est une faiblesse. Tout en glissant que ce trait de caractère lui a permis de donner une moindre prise aux attaques avant l’élection qu’il vient de gagner. «Je ne fais de politique par goût du sacrifice», rétorque-t-il quand on lui demande s’il ne craint pas de se faire manger tout cru.

Un embarrassant second tour

Pour avoir pas mal côtoyé Marc Vuilleumier et Bernard Métraux, ses prédécesseurs à l’exécutif de la capitale vaudoise, sa vision du travail de l’exécutif n’est pas abstraite. Mais il sait tout autant à quel point ces devanciers ont pu souffrir d’accusations lancées par leur propre bord, pour cause d’embourgeoisement ou de complicités avec les huiles du sport international. «Je passe de l’autre côté de la barrière et j’assume, dit-il, comme prêt déjà à tendre l’autre joue. Les attaques font partie du job, même si on préfère qu’elles viennent de ses ennemis.»

Pour l’heure, ce sont ses alliés qui s’interrogent. Après avoir soutenu la liste unique de la gauche, avec promesse de concéder tacitement la dernière place à la droite, voici que le POP soutient Hadrien Buclin, représentant de Solidarités, qui se lance dans un provoquant second tour contre le PLR Pierre-Antoine Hildbrand. David Payot, coéquipier loyal jusqu’ici, joue-t-il double jeu? Ou alors ne tient-il en rien son parti? se demandent les roses et les verts, embarrassés par ce scénario imprévu. Aucune de ces hypothèses n’est très reluisante pour l’intéressé, qui se tient à une prudente réserve. «Ce n’est pas à moi de dire à mes électeurs pour qui ils doivent voter», répond le popiste.

Contre la RIE III

A Lausanne, on dit popiste. Mais comment David Payot se définit-il dans le vaste monde? «Je dirais gauche de transformation sociale. Notre ancienne étiquette est devenue floue, aujourd’hui nous nous rapprochons des fronts de gauche, de Podemos, de Syriza.» On le comprend, l’avenir n’est pas au redressement d’un vieux parti historique qui a vécu, mais à une vaste recomposition à la gauche du parti socialiste.

Pour l’immédiat, David Payot continuera à aller aux stands du POP pour distribuer des tracts contre la réforme de la fiscalité des entreprises, la RIE III à la vaudoise, sur laquelle les Vaudois votent le 20 mars. «Le consensus devient gênant quand il tourne au marchandage et qu’on ne voit plus les principes sous-jacents. Un conseiller d’Etat qui s’intéresse surtout à la fiscalité et un autre qui s’intéresse plutôt au social ont procédé à un échange qui leur convient à tous deux. Mais qu’on m’explique comment on peut programmer une baisse des recettes et promettre en même temps de dépenser davantage.»

David Payot se demande aussi si son blouson de cuir pourra servir de tenue de conseiller municipal. Son nouveau salaire de magistrat, qui multipliera quasiment par quatre celui de l’assistant social, lui permettra de régler ses problèmes de garde-robe.

Profil

1979 Naissance à Lausanne

1997 Adhésion au Parti ouvrier et populaire (POP)

2002 Licence en psychologie sociale de l’Université de Lausanne

2006 Entrée au parlement communal de Lausanne

2011 Mariage avec Sarah