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Opération policière sur la place Chauderon à Lausanne.
© Christian Brun/Keystone

Drogue 

Deal de rue: à Lausanne, Fernand Melgar révèle un malaise croissant

L’exaspération des Lausannois, confrontés quotidiennement à la présence des dealers dans leurs rues, commence à se faire plus forte. Le cinéaste dénonce, tandis que le PS, acculé, se voit contraint de reprendre en main la problématique

Dans le débat du deal de rue, l’irruption du réalisateur Fernand Melgar il y a quelques jours dans 24 heures fait sensation. Son intervention pour dénoncer le laxisme de la Municipalité survient dans un contexte de ras-le-bol de la population et illustre un changement de ton. Ce symbole de la gauche humaniste, dont les films engagés ont jusque-là défendu la population migrante, va jusqu’à dire que le laisser-faire lausannois en matière de deal de rue frise l’homicide par négligence. Sur sa page Facebook, il publiait lundi après-midi la photo de «6 des 22 dealers qui attendent devant l’école Pierre Viret et Saint-Roch la sortie des élèves de 10 à 16 ans», en ajoutant que son quartier «est une zone de non-droit à leur merci». Ses prises de position déclenchent des torrents de commentaires, dont une part l’accuse de racisme.

En 2013 (déjà): Le quartier et ses dealers, un récit lausannois

«Des transactions se font en plein après-midi sous nos yeux»

La problématique du deal de rue à Lausanne n’est pas nouvelle. Depuis des années, des annonces de reconquête des rues sont régulièrement promises par les autorités politiques. Mais, numéro politique ou véritable changement de cap, la gauche lausannoise, qui laissait depuis deux ans le champ de bataille au municipal de droite isolé Pierre-Antoine Hildbrand, tente désormais de réagir face à l’exaspération montante de la population.

Par diverses rencontres avec les autorités, les représentants de plusieurs quartiers, souvent populaires de la ville, ont fait remonter un sentiment de ras-le-bol face au deal de rue et à ses conséquences. Le président du Parti socialiste lausannois, Benoît Gaillard, avait déjà lancé il y a quelques mois une interpellation dénonçant l’absence de plan de sécurité publique posant des priorités stratégiques et des objectifs dans la nouvelle législature.

Un bilan en 2016: Lausanne, «la ville la moins sûre de Suisse»

Des moyens de lutte peu efficaces

La vice-présidente du même parti, Anne-Françoise Decollogny, redéposait une interpellation au conseil communal la semaine dernière. «La population des quartiers les plus touchés de la ville de Lausanne est inquiète face à l’aggravation de la situation. Les dealers sont toujours plus nombreux, des transactions se font en plein après-midi sous nos yeux, nous assistons à une détérioration inquiétante de la situation. On a l’impression qu’il n’y a plus de volonté politique de maîtriser l’espace public. C’est en tout cas ce qu’on constate depuis que le PLR a repris la direction de la sécurité», dénonce-t-elle.

Sans surprise, la gauche fait porter l’incurie du moment à Pierre-Antoine Hildbrand, qui se serait montré incapable de répondre aux défis de la vente de drogue dans cette ville dominée à 6 contre 1 par les élus de gauche. «Pierre-Antoine Hildbrand nous demande de nous réapproprier l’espace public, mais on ne peut pas faire des apéros de quartier tous les soirs, ni faire le guet devant les écoles de nos enfants. Chacun son boulot, même s’il faut admettre que la police ne peut pas régler le problème à elle seule.»

Lire aussi: Lausanne: le PLR Pierre-Antoine Hildbrand à la police 

La réponse de Pierre-Antoine Hildbrand

Accusé d’inaction, Pierre-Antoine Hildbrand, lui, prétend d’abord qu’il n’a pas les moyens d’agir. «Nous sommes conscients de la forte visibilité du deal à Lausanne et nous travaillons à un certain nombre de mesures, mais ces outils ne sont pas aussi puissants que certains voudraient le croire. Le nombre de places de détention est limité, nous nous voyons ainsi obligés de relâcher les dealers arrêtés.» Le municipal chargé de la Sécurité rappelle aussi que la consommation de drogues à Lausanne est équivalente aux autres grandes villes de Suisse, mais qu’à Lausanne, elle est seulement plus visible.

Cependant, il reçoit la demande de la part de la gauche et des habitants de limiter le deal de rue de manière plutôt positive: «Aujourd’hui, nous sommes sortis de l’idée que la sécurité publique était une charge de la droite seule. Nous voyons des gens qui se rattachent à une idéologie de gauche être désormais prêts à accepter un certain nombre de restrictions contre les dealers», dit-il, en rappelant que la police lausannoise sort juste d’un énorme problème d’accusation de délits de faciès.

Manifestation contre le trafic de rue

Pour Sandra Pernet, présidente du PDC lausannois, c’est là que se trouve le malaise. «On confond une communauté migrante qui a besoin d’aide avec une minorité qui commet des crimes. La population africaine de Lausanne souffre de cet amalgame avec les vendeurs de mort.» En attendant un soulèvement de tous les partis politiques confondus, elle appelle les intéressés à se joindre à la manifestation qu’elle organise à la place Chauderon mercredi soir contre le trafic de rue.

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