Les difficultés de la flotte suisse de haute mer s’accumulent, selon des rapports internes à l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE) que la SonntagsZeitung et Le Matin dimanche se sont procurés grâce à la loi sur la transparence. Fin mai, le parlement fédéral a consenti à voter un supplément de 215 millions de francs au budget 2017. Il s’agissait de liquider 13 navires des armateurs SCL et SCT, dont l’achat avait été cautionné par la Confédération.

Lire aussi: La crise des armateurs rattrape la Confédération

Le ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann (PLR), se voulait alors optimiste. Tout en qualifiant la crise du fret mondial de «calamité», il affirmait que «si les marchés sont raisonnables, si la conjoncture reprend un peu, les navires battant encore pavillon suisse ne seront pas en danger». Les récents rapports issus de son propre département et dévoilés dimanche par la presse voient le verre nettement moins plein.

Lire également notre éditorial: Débâcle de la marine suisse: un cas d’école

Un demi-milliard en jeu

Car sur les trente navires battant encore pavillon suisse et qui ont bénéficié d’un cautionnement fédéral pour 550 millions de francs, seize ont été identifiés en situation délicate par l’OFAE. C’est le cas d’un navire appartenant à la société Seamar, à Givisez (FR). Le rapport fédéral évoque des résultats négatifs, une capitalisation insuffisante et des mesures d’assainissement nécessaires. La société conteste toutefois ce tableau.

Sept navires garantis par la Confédération et appartenant à la société Oceana Shipping AG auraient eux aussi inscrit des chiffres rouges en 2015 et 2016. L’armateur grison assure toutefois être en mesure d’assumer ses responsabilités futures vis-à-vis des banques et de la Confédération. Enfin, l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique émet des doutes sur la santé financière de huit bateaux exploités par l’armateur genevois Massoel Shipping SA. Ils n’auraient inscrit des chiffres noirs que grâce à «la réévaluation comptable», écrit l’OFAE. L’armateur n’a pas répondu à la presse. Le Département de l’économie assure dimanche qu’aucune demande n’a été faite depuis mai pour actionner les garanties restantes.

Enquêtes attendues

Depuis juillet 2015, le secrétariat général de Johann Schneider-Ammann consacre environ la moitié de son temps à la crise de la flotte marchande suisse. Le Conseil fédéral a établi que l’analyse des risques réalisée par le département du Bernois, notamment par l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique, n’a pas permis de détecter à temps la détérioration de la situation. Un rapport du Contrôle fédéral des finances a mis en évidence les manquements de cet office à l’époque. La publication intégrale de ce rapport reste bloquée par une personne qui a saisi le préposé fédéral à la protection des données. Les commissions de gestion ont aussi décidé en juillet d’enquêter sur cette débâcle.

Lire aussi: Une enquête sur la débâcle de la flotte suisse se précise