Énergie

La débâcle des investissements éoliens refroidit les ardeurs des SIG

Si le résultat net des Services industriels de Genève demeure positif, il est plombé par une nouvelle dépréciation de ses actifs

La débâcle des investissements éoliens refroidit les ardeurs des SIG

Energie Si le résultat net des Services industriels de Genève demeure positif, il est plombé par une nouvelle dépréciation de ses actifs

«Nous avons exhumé tous les cadavres des placards.» C’est en substance le message qu’ont souhaité adresser les Services industriels de Genève (SIG) aux médias à la suite d’une longue série d’investissements hâtifs (et surtout coûteux: près de 80 millions de francs) dans le domaine de l’énergie éolienne. Mercredi, le directeur Christian Brunier et le président du conseil d’administration Michel Balestra ont aligné leur discours sur le thème de la prudence et de l’humilité lors de la présentation des comptes de la régie publique.

Que révèlent les chiffres pour l’exercice 2014? Qu’ils sont noirs, si l’on se fie au résultat net de l’entreprise, soit 63,5 millions de francs. Mais rouges si l’on tient compte de la dépréciation d’actifs et de la consolidation des sociétés du groupe – «des manœuvres strictement comptables», martèlera Christian Brunier tout au long de la conférence de presse –, qui s’élèvent à quelque 224 millions de francs. Au final, le résultat net consolidé des SIG s’établit à – 161 millions de francs (–41 millions lors de l’exercice précédent) pour un chiffre d’affaires culminant à plus d’un milliard de francs environ.

Investissements prudents

De ces dépréciations d’actifs et autres consolidations, les deux dirigeants disent qu’il ne s’agit là que «d’ajustements» qui n’ont pas «d’effets économiques réels» pour les SIG, tant que ces actifs et participations ne sont pas vendus. S’en débarrasser? Pas question, réplique Michel Balestra, rappelant la nature «stratégique» de ces investissements, concernant principalement des acteurs de l’énergie hydraulique tels qu’EDH.

Sur des retours sur investissement dans l’énergie d’Eole, les SIG ont dû déchanter. «Nous n’avons aucune chance de planter une éolienne dans les conditions que nous avons négociées à l’époque», concède le président du conseil d’administration, tandis que Christian Brunier assure que le contexte a désormais changé. «Notre approche est aujourd’hui moins arrogante. Nous ne travaillons plus, comme ce fut le cas dans le Jura, en domination mais en partenariat», assure cet ancien président du Parti socialiste. «Les éoliennes fourniront des kWh mais pas autant que prévus», renchérit le président du conseil d’administration. Quant aux futurs investissements des SIG dans le domaine des énergies renouvelables, ils ne seront pas gelés, mais durcis. «Pas de rendement, pas d’investissement», tranche Michel Balestra avant de nuancer ses propos: «Le taux de rendement acceptable est fixé à 7%. Au-dessus de 4%, nous partagerons les risques avec d’autres partenaires.»

Dans un marché européen de l’énergie jugé «instable» et «au plus bas» par les SIG, leur directeur ne semble pas s’en affoler. «Dire que les barrages qui appartiennent à Alpiq ou EOS ne valent rien, c’est se moquer du monde, argue Christian Brunier. Nous ne sommes pas de cette logique-là. C’est comme chronométrer un 100 m alors que l’on court un marathon.» Une revalorisation des actifs est d’ores et déjà planifiée par la régie publique.

A la prudence des investissements s’ajoute, semble-t-il, un recentrage serré des SIG sur leurs activités traditionnelles. A savoir fournir l’eau et le gaz à leurs 265 000 clients dans le canton de Genève. En une seule année, quelque 200 millions de francs ont été investis, notamment dans les réseaux et les infrastructures. Dans les cinq prochaines années, les SIG envisagent d’injecter quelque 1,2 milliard de francs «principalement dans l’économie genevoise».

Du côté des charges de l’entreprise, elles demeurent stables, soit 958 millions, dont un quart est dédié aux salaires des 1600 collaborateurs (équivalents plein-temps) qu’emploient les SIG. Un plan d’économies touchera la régie publique qui espère «sans licenciements» économiser 19 millions chaque année sur une période de trois ans.

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