Le Grand Conseil genevois est entré en matière vendredi matin sur le projet de budget 2012. Tous les partis, sauf le MCG et l’UDC, ont répondu positivement à ce vote introductif. Les députés ont ainsi pu entamer le deuxième débat, où 53 propositions d’amendement doivent être examinées. Elles proviennent pour la plupart du Parti socialiste et du MCG, deux formations qui menacent de refuser le budget en l’état, à l’instar de l’UDC.

Pour cette dernière, le déficit prévu de 352 millions de francs est «ahurissant dans cette conjoncture»: «Nous allons droit dans le mur, l’Etat est devenu un Frankenstein administratif prêt à dévorer ses enfants», avertit Eric Leyvraz.

Juste milieu entre le populisme et le dogmatisme

A l’inverse, pour une socialiste comme Anne Emery-Torracinta, la baisse d’impôts votée en 2009 était «excessive» et les coupes envisagées ont été effectuées «à la hache». Quant au MCG, il dénonce à la fois un déficit trop important, la croissance des charges plus forte que celle des revenus et les mesures d’économie effectuées sur le dos de la fonction publique.

Quatre des cinq partis gouvernementaux sont en revanche prêts à voter le projet de budget, ce qui devrait théoriquement lui assurer 58 voix, soit davantage que les 51 nécessaires pour avaliser une planification déficitaire. Les partis membres de cette majorité ont lancé des appels au consensus.

«Ce budget n’est pas le budget idéal des Verts ni d’aucun parti», a avancé l’écologiste Emilie Flamand. «C’est un budget douloureux, réaliste, pragmatique, qui permet de maintenir des priorités», a enchaîné la PDC Anne-Marie von Arx-Vernon. «Il y a un juste milieu entre le populisme et le dogmatisme», a encore plaidé le radical Jacques Jeannerat, tout en avertissant que «ceux qui croient que le peuple acceptera des hausses d’impôts se fourvoient».

Le député faisait ainsi allusion aux alourdissements fiscaux prévus par l’exécutif à majorité bourgeoise afin de retrouver l’équilibre en 2014, lesquels ne trouvent pas grâce auprès de la majorité de droite du parlement. Ces mesures doivent faire l’objet de débats parlementaires, voire de scrutins populaires, ces prochains mois.

«Sens du psychodrame»

Rappelant la grande volatilité des rentrées fiscales genevoises et l’existence d’une réserve conjoncturelle d’un milliard de francs, l’argentier cantonal a rejeté les critiques de droite comme de gauche. «Vous faites croire à la population, dont le niveau d’exigence est notoirement élevé, qu’elle peut tout avoir», a lancé David Hiler à ceux qui dépeignent l’Etat en monstre bureaucratique.

Le ministre écologiste a encore démenti l’austérité que certains voient dans le projet de budget: «Les économies sur les charges sont supportables vu le niveau cossu de notre Etat.» L’écologiste a encore mis en garde contre la tentation de ne pas voter de budget et de faire tourner le canton sur une prorogation mensualisée de la planification de 2011.

«Si nous n’augmentons pas la subvention aux transports publics, nous aurons fait deux ans de travaux pour finalement renoncer à faire rouler des trams, estime David Hiler. Ce serait une pantalonnade que l’une des villes les plus riches du monde ne parvienne pas à se doter d’un budget à cause du sens du psychodrame de ses élites.»

60 millions puisés aux Services industriels

Auparavant, le Grand Conseil a voté la suppression totale de l’augmentation annuelle accordée aux fonctionnaires en début de carrière, au grand dam des socialistes et du MCG, et au déplaisir des Verts qui plaidaient pour le maintien d’une demi-annuité.

Jeudi soir, le parlement a aussi décidé de puiser quelque 60 millions de francs aux Services industriels genevois, par le biais de la redevance sur l’usage du domaine public, même si cette mesure risque d’irriter les communes genevoises qui détiennent 45% de cette régie publique.