Les parents d'élèves ont-ils eu voix au chapitre dans le débat sur les classes hétérogènes en 7e année du Cycle d'orientation? Si leurs associations se sont exprimées, la frustration affleure chez une part d'entre eux, qui pensent avoir été dépossédés du dossier par les milieux politiques. «En tant qu'association apolitique, nous sommes restés en retrait de peur d'être catalogués politiquement et de ne plus pouvoir représenter tous les parents», regrette Eliane Schneeberger, coprésidente du GAPP (Groupement cantonal des associations des parents d'élèves des écoles primaires et enfantines). Claude-France Matthey, coprésidente également du GAPP, trouve cette appropriation politique d'autant plus regrettable que les parents et la direction de l'Instruction publique avaient réussi, à son avis, à établir un dialogue constructif. Pour elle, la politisation du dossier afférent aux classes hétérogènes a rompu ce dialogue.

Quelle que soit l'issue du vote du 4 mars prochain, le débat sur la 7e année a mis en lumière la difficulté des relations parents-école. Une situation qui révèle le sentiment des parents de ne pas avoir toute leur place dans l'institution scolaire, plus particulièrement face aux enseignants, qui, eux, craindraient leur intrusion dans l'établissement.

Sur la problématique de l'hétérogénéité des classes au 7e degré, une bonne partie des associations de parents n'ont tout simplement pas eu le temps de se réunir pour discuter des enjeux. Ce qui pousse Robert Rivest, président de la Fédération des associations de parents du Cycle d'orientation (FAPECO), à estimer que le «débat n'a pas été complet et que l'information a mal circulé». «Je ne vois pas comment on aurait pu intégrer tous les parents dans la discussion. Tout a été beaucoup trop vite», renchérit Eliane Schneeberger.

Deux tiers des délégués de la FAPECO et du GAPP se sont néanmoins prononcés en faveur du tronc commun en 7e année. Le président de la FAPECO, Robert Rivest, formule néanmoins quelques réserves. Si le système du tronc commun passe, il est nécessaire, à ses yeux, qu'il se construise sur plus de deux ans. Et que les effectifs par classe soient limités à 18 élèves. En outre, «la formation des enseignants constitue une préoccupation majeure. Nous souhaitons qu'elle soit ciblée», revendique Robert Rivest.

Les parents ont-ils un droit de cité dans ce vaste chantier permanent qu'est l'école? Alors qu'ils «ont été entendus dans le cadre du groupe de pilotage de la rénovation du degré primaire où ils étaient représentés, aucune structure de ce type n'a été établie pour le tronc commun en 7e année», selon Didier Ostermann, vice-président de la FAPECO. Ce qui inquiète certains parents, c'est le fait que certaines directions d'écoles du primaire ou du secondaire «ferment complètement leur gestion et leur organisation aux parents. En agissant ainsi, elles risquent de détériorer la relation famille-école. Aujourd'hui d'ailleurs, on fait de plus en plus appel à des avocats pour régler des conflits entre parents et établissements scolaires», prévient Robert Rivest. Claude-France Matthey atteste de cette appréhension de certaines écoles de laisser entrer les parents dans leur sphère. «Certaines écoles ont refusé de mettre sur pied des conseils d'école où parents, enseignants et directions pourraient trouver un lieu de dialogue», analyse-t-elle. Pour améliorer la situation, les parents souhaitent l'élaboration de chartes déterminant le rôle de chacun des partenaires. Selon eux, ce type de documents permettrait d'établir un langage commun et des règles claires. Les associations de parents d'élèves s'y attellent déjà.

Les parents s'interrogent aussi sur les systèmes d'évaluation. Au primaire, la suppression des notes au profit d'une évaluation dite formative recèle encore quelques mystères pour les parents. Qui tentent toutefois d'exprimer leurs desiderata pour que ce nouveau type d'appréciation du travail des élèves soit accompagné d'un dossier d'évaluation. Pour Eliane Schneeberger, la meilleure manière de «faire passer le message, c'est de demander aux enseignants d'expliquer les tenants et les aboutissants de ce changement».

Indépendamment des systèmes structurels et pédagogiques de l'école, les parents se demandent aussi prosaïquement quel est le niveau de l'école genevoise comparé aux systèmes scolaires des autres cantons. C'est le cas de Robert Rivest: «On n'arrête pas de parler de sélection, mais ce qui nous importe, c'est de savoir si nos écoles sont à niveau au plan fédéral.»

En marge du débat sur la 7e hétérogène, les parents souhaitent être considérés comme des partenaires à part entière. La reconnaissance de cette qualité d'agir dans le débat scolaire passe-t-elle par l'adoption d'une nouvelle législation?