Où l'on reparle des 6%. Ces derniers jours, Joseph Deiss a exprimé à plusieurs reprises son souhait de voir les dépenses consacrées à la formation, à la recherche et à l'innovation augmenter de 6% pour la prochaine période budgétaire, de 2008 à 2011. En août dernier, Pascal Couchepin avait allumé la mèche en évoquant lui aussi une hausse des crédits, mais le ministre de l'Intérieur n'articule pas de chiffre.

Judicieuse coïncidence, Joseph Deiss a relancé l'idée quelques jours avant le congrès que son parti consacre aux thèmes de la formation et de la recherche. Ce samedi, le PDC devrait adopter une résolution demandant justement une augmentation de l'effort national, surtout pour les nouvelles technologies (LT du 11.01.2006).

La formation supérieure et la science inspirent les partis, puisque l'UDC présente sa position ce vendredi. Les agrariens souhaitent une plus grande modération en matière de bâtiments et d'infrastructures, et refuseront une rallonge des subventions fédérales, estimant que la Confédération a déjà fourni un effort substantiel. Au tour des cantons de mettre la main au porte-monnaie.

Les radicaux, eux, se prononcent pour un accroissement de 5% et se disent «optimistes» quant à la mise en œuvre de cet objectif, indique-t-on au parti.

Le PS prend note des «promesses» de Joseph Deiss non sans une certaine ironie, relevant que «la période est déjà préélectorale», selon la porte-parole, Claudine Godat. Pour les socialistes, 6% constituent «un minimum», et le parti compte «insister pour que les conseillers fédéraux maintiennent leur engagement».

L'hypothèse d'une hausse à hauteur de 6% laisse un goût de déjà-vu. En 2002, alors que se préparait le programme du Conseil fédéral pour la science de 2004 à 2007, Pascal Couchepin et Ruth Dreifuss avaient milité en chœur pour une rallonge de 6%. Les milieux scientifiques, eux, avaient démarré ce grand marchandage en réclamant 10%, faute de quoi la place suisse péricliterait.

La solution à 4%

Le gouvernement avait finalement tranché pour 4%, soit un total de 17 milliards de francs sur quatre ans. Mais les programmes d'allégement budgétaire sont passés par là, et la générosité de la Confédération a été atténuée. Les universités et le Fonds national de la recherche scientifique (FNS) ont tiré leur épingle du jeu, tandis que les écoles polytechniques n'ont pas beaucoup profité de la mobilisation. «On commençait à 10%, on a fini avec des cacahuètes», regrette le président de l'EPFL, Patrick Aebischer. Toutefois, il estime que le climat a changé: «Le politique est plus sensible aux enjeux de l'innovation qu'il y a quatre ans. Trois partis sur quatre ont clairement joué le jeu. Il faudra simplement voir si cette attitude sera conservée lors des votes budgétaires.»

L'importance de ce secteur est répétée alors que la croissance économique demeure faible. Les dernières statistiques de l'OCDE montrent que si la Suisse conserve une position enviable, elle se laisse distancer par des pays qui mettent des moyens considérables à disposition de leurs chercheurs. «Nous régressons à force de stagner», résume le porte-parole du Département de l'économie (DFE), Christophe Hans.

L'entrain de Joseph Deiss s'explique aussi par la situation de ses services, qui contrôlent la formation professionnelle initiale et supérieure. S'agissant des hautes écoles spécialisées (HES), le DFE exerce de fortes pressions sur les établissements pour qu'ils concentrent les filières et rationalisent l'offre de formation. Or, la Confédération demeure un bailleur de fonds minoritaire. Les cantons paient la grande majorité des HES et ne se gênent jamais de le rappeler. De plus gros moyens fédéraux donneraient quelques arguments à Joseph Deiss.

La négociation sur le détail des éventuelles augmentations sera aussi ardue, car il ne s'agirait pas d'une mesure linéaire. Le secrétaire d'Etat Charles Kleiber plaide pour une opération nuancée, avec un bond de 10% en faveur du FNS et de l'agence qui soutient les start-up, la CTI.

Les parlementaires ne manqueront pas d'assortir leur soutien à certaines conditions: un meilleur partage des tâches entre hautes écoles, ou l'indépendance de la CTI. Certains élus n'ont en effet pas digéré le fait que Joseph Deiss a placé son conseiller personnel, Christoph Caviezel, à la tête de la CTI, et ils le feront savoir lors des débats. Le Fribourgeois devra encore convaincre.