Après le Conseil des Etats mardi, c’était au tour ce matin du Conseil national de dire sa façon de voir dans la controverse sur le secret bancaire. Bien qu’ils divergent sur les moyens, tous les partis ont profité de ce débat urgent pour appeler le Conseil fédéral à passer à l’offensive face aux attaques de l’étranger.

Le mot «stratégie» était sur toutes les lèvres. Après les concessions annoncées vendredi, les doutes se multiplient sur la gestion de crise du Conseil fédéral. Le gouvernement sait-il où il va et comment il entend à l’avenir défendre la Suisse et sa place financière? Les craintes exprimées sont d’autant plus vives que les décisions du gouvernement n’ont pas totalement atteint l’effet escompté. L’OCDE a bel et bien adopté et transmis au G20 une liste des pays criticables en raison de leur «coopération insuffisante» contre l’évasion fiscale. Or la Suisse figure sur cette liste, désormais présentée par le secrétariat général de l’OCDE comme une base de travail définitive en vue du sommet que tiendra le G20 le 2 avril à Londres.

La Suisse annonçait la semaine dernière vouloir à l’avenir accepter l’échange d’informations en cas d’évasion fiscale selon les normes de l’OCDE. Elle attendait que ce pas lui évite de figurer sur une liste noire de l’OCDE. Elle figure pourtant sur la dernière liste dans la catégorie des pays dont les efforts en vue de s’aligner sur les standards internationaux sont «insuffisants». La bonne nouvelle est que la Suisse échappe à l’étiquette infamante de paradis fiscal. Une pré-liste établie le 5 mars l’avait laissé craindre, mais l’OCDE a corrigé son projet le lendemain de la décision du Conseil fédéral, tenant compte du pas dans la bonne direction annoncée par la Confédération.

Ce n’est donc pas pour rien que les élus du National ont exprimé ce matin, souvent en des termes très vifs, leurs craintes. Les représentants des six principaux groupes parlementaires ont tous le sentiment que la pression augmentera encore sur la Suisse ces prochaines semaines et ces prochains mois.

Comme à son habitude, l’UDC s’est montrée la formation la plus virulente à l’égard du Conseil fédéral. La Suisse n’aurait rien dû céder sur le secret bancaire. Des représentants de l’UDC ont vitupéré contre une «guerre économique» lancée par un «axe» de pays désireux d’affaiblir notre place financière. La Suisse a montré qu’elle cède au chantage, ont déploré des élus UDC. La riposte consistant à inscrire le secret bancaire dans la Constitution – un vieux refrain du parti national conservateur – a de nouveau été évoquée sans que personne ne voie en quoi cette menace pourrait freiner les exigences des pays étrangers s’estimant lésés par le secret bancaire helvétique.

Les socialistes reprochent à UBS et aux jongleurs de la finance mondiale d’être responsables de la crise économique actuelle, la plus grave depuis celle des années 30. Pour la Bâloise Suzanne Leutenegger Oberholzer, le Conseil fédéral et la diplomatie suisse doivent passer à la contre-offensive. Il faut exiger la fermeture de tous les paradis fiscaux, y compris ceux aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. «Faites enfin une politique réaliste!», a-t-elle imploré. Désormais, la gauche parle aussi d’étendre l’assouplissement du secret bancaire à la lutte contre l’évasion fiscale de citoyens suisses dans leur propre pays. De son côté, le président des Verts Ueli Leuenberger a suggéré la tenue en Suisse d’une conférence sur l’éthique bancaire. «Le secteur financier doit être régulé et contrôlé plus strictement», a souligné le Genevois.

Le Parti libéral-radical, le Parti démocrate-chrétien et le Parti bourgeois-démocratique prennent acte de l’assouplissement proposé en matière d’échange d’informations, mais ils ne veulent pas que la Suisse se soumette aux critères de l’OCDE sans poser de conditions. La non-rétroactivité, l’égalité de traitement entre les pays, l’adaptation de l’accord sur la fiscalité de l’épargne passé avec l’Union européenne et le respect des procédures judiciaires en font partie, ont énuméré leurs élus.

Concrètement, la cheffe du groupe PLR, Gabi Huber, a donné au gouvernement jusqu’en juin pour présenter une stratégie de soutien à la place financière. Cela passe en particulier par la possibilité de créer des «trusts» comme dans les pays anglo-saxons, a fait valoir l’Uranaise. Le président du PDC, le conseiller national Christophe Darbellay, a lui aussi plaidé pour un certain cynisme: pour se défendre contre les oasis fiscales anglo-saxonnes, la place financière suisse a besoin des trusts, un bouclier antimissile» supposé efficace.

Comme la veille au Conseil des Etats, Hans-Rudolf Merz a défendu la position du Conseil fédéral. Il a botté en touche en pointant du doigt les divergences des partis sur les remèdes à apporter pour redorer le blason de la place financière. «On ne réussira pas à résoudre les problèmes si l’on est divisés.» Le ministre des Finances est toujours plus sous pression. Dans une interview donné à la Basler Zeitung, le président d’honneur d’UBS, Nikolaus Senn, doute que Hans-Rudolf Merz soit la bonne personne pour aller négocier l’avenir du secret bancaire avec les pays étrangers qui nous pressent d’en venir à l’échange d’informations. Louant son honnêteté, il épingle sa faiblesse politique: «Il n’est pas fort. Il change d’avis avec chaque interlocuteur.»

Assumant sa réputation de vieux sage, Nikolaus Senn estime qu’Eveline Widmer-Schlumpf est le seul membre du gouvernement qui a su intervenir dans l’affaire UBS de façon «déterminée». Il loue aussi le rôle de Micheline Calmy-Rey: «On peut dire ce qu’on veut d’elle. Moi, je n’ai encore jamais vu de ministre des Affaires étrangères suisse aussi agile et aussi rapide pour nouer des contacts sur la scène internationale.» Et d’ajouter: «Les femmes au Conseil fédéral sont plus fortes que les hommes.»