C'est un véritable coup de force. A la veille du débat parlementaire sur l'avenir de l'école genevoise, le Parti démocrate-chrétien (PDC) s'est désolidarisé de ses partenaires de l'Entente bourgeoise. Il ne soutient plus le contre-projet à l'initiative de l'Association refaire l'école (Arle) «pour le maintien des notes à l'école», élaboré avec les libéraux et les radicaux.

Le PDC dicte ses conditions

Désormais, les démocrates-chrétiens dictent leurs conditions. Sous forme de quatre amendements (lire ci-dessous).

A prendre ou à laisser: «Si ces amendements devaient d'aventure être refusés, le groupe PDC s'opposera formellement au contre-projet tel que déposé et se contentera d'approuver l'initiative d'Arle.»

Le motif? Dans son communiqué, le PDC explique vouloir apaiser la querelle scolaire et redonner aux enseignants la marge d'appréciation propre à leur métier. Pour le député Guy Mettan, fer de lance de cette action dissidente (LT du 14.02.2006), le contre-projet de la droite va trop loin.

Et l'élu affirme que le PDC a tenté d'exprimer ses réserves en commission, en vain. «On a annoncé la couleur jusqu'au bout. Il y a trois semaines, j'ai annoncé mes amendements aux partis de l'Entente bourgeoise. Et lundi soir, je les ai présentés à deux membres de la commission de l'enseignement, un libéral et un radical.»

Stop à l'intransigeance

Mais les partenaires du PDC n'ont rien voulu savoir. Selon le député socialiste Christian Brunier, les travaux de la commission de l'enseignement se sont déroulés dans une ambiance délétère. «Certains députés de droite n'étaient pas d'accord avec le contre-projet, ils se sentaient mal à l'aise, torturés. Mais ils étaient obligés de lever le bras, à cause de l'accord qu'avait signé l'Entente en mai 2005. Certains élus sont sortis tout blancs de commission, en confiant qu'ils avaient honte de leurs partis.»

Le PDC en a eu assez «de se faire embarquer dans les positions intransigeantes de la droite», explique le démocrate-chrétien Pierre-Louis Portier. Avec ces quatre amendements, il a voulu jouer son rôle de parti centriste, apporter sa «touche apaisante» au débat scolaire.

L'Entente en péril

Mais on ne peut pas dire que les libéraux et radicaux sont apaisés. Le président du Parti libéral genevois, Olivier Jornot, s'emporte: «Le PDC fait du chantage! Sur le fond, sur le contenu des amendements, on peut toujours discuter. Mais nous sommes très désappointés par la méthode choisie.»

Mercredi, à la veille du débat parlementaire, les trois partis s'efforceront de trouver un dénominateur commun. Mais pour Olivier Jornot, «suivant la tournure que prendront les événements au Grand Conseil jeudi, l'Entente n'existera plus vendredi matin».

En tout cas, la relation de confiance entre les trois partis de droite en a pris un coup. Le président des radicaux, Pierre Maudet, estime qu'«il est désagréable qu'en début de législature les rapports de confiance soient ébranlés».

Revirement à gauche?

A gauche, en revanche, on salue les amendements du PDC. «Ils vont dans le bons sens, nous les partageons», affirme Christian Brunier. L'élu espère même rallier le PDC au contre-projet défendu par la gauche, celui du Conseil d'Etat. «Des discussions ont lieu entre socialistes et démocrates-chrétiens», dit-il.

Le Parti démocrate-chrétien ne veut pas aller jusqu'à là. Mais Guy Mettan concède que le parti a fait «un grand pas vers les enseignants et le Département de l'instruction publique», dirigé par le conseiller d'Etat socialiste Charles Beer.

L'issue du débat scolaire est incertaine. Mais une chose est sûre, selon le député Pierre-Louis Portier: «Il y a un climat neuf au Grand Conseil, propice au dialogue. Au PDC, nous sommes des gens de dialogue, pragmatiques et non dogmatiques. Nous n'allons pas tout casser pour une histoire de notes dans un projet de loi.»