Quelle attitude la Suisse doit-elle adopter vis-à-vis de l’Arabie saoudite après le meurtre effroyable du journaliste Jamal Khashoggi? Cette question tourne au casse-tête pour Berne, car la Suisse porte un regard économique intéressé sur le royaume.

Ueli Maurer, qui sera alors président de la Confédération, a prévu de s’y rendre l’an prochain en compagnie d’une délégation de la place financière helvétique. L’objectif est d’aider les banques suisses à s’installer sur le marché financier saoudien. Le Conseil fédéral a parlé de ce problème lors de sa réunion hebdomadaire mercredi dernier. Au terme de la séance, le vice-chancelier Jörg De Bernardi a annoncé que le bien-fondé de ce voyage serait réexaminé à la lumière des derniers événements.

De 130 à 4,7 millions

La question porte aussi sur l’exportation de matériel de guerre. Officiellement, la Suisse n’autorise plus de telles livraisons depuis 2016. Le chef des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, l’a souligné lors de sa visite à la rédaction du Temps lundi dernier. Le montant de ces exportations, qui s’élevait encore à 130 millions en 2009-2010, est descendu à 4,8 millions de francs en 2017.

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Comme l’a expliqué Jörg De Bernardi, il s’agit, selon une pratique en vigueur depuis 2009, d’exceptions qui concernent des pièces de rechange et des munitions liées à d’anciens contrats d’armement, notamment pour les systèmes de défense antiaérienne, ou à des armes de petit calibre à usage privé non susceptibles d’être utilisées dans la guerre du Yémen.

Sanctions à l’étude

Mais des livraisons ont été autorisées avant que le Conseil fédéral ne décide de fermer le robinet. Ainsi, en 2006, le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) a autorisé le fabricant schaffhousois Swiss Arms SA à livrer 106 fusils d’assaut de type 552 à la marine saoudienne. Le Seco a confirmé cette information au SonntagsBlick, qui a révélé, photo à l’appui, qu’au moins deux de ces armes auraient été utilisées dans des combats dans la province arabe de Jizan, non loin de la frontière avec le Yémen. Le cliché daterait de fin 2017.

A gauche, on réclame un embargo sur la livraison de matériel de guerre à l’Arabie saoudite. La possibilité d’appliquer des sanctions est aussi à l’étude. Jörg De Bernardi a annoncé la semaine dernière que la Suisse appliquerait celles qui seraient décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU. Si l’UE devait décréter de telles mesures, le Conseil fédéral examinerait avec ses partenaires européens l’opportunité d’intégrer la Suisse dans le dispositif.