Semaine difficile pour Alain Berset. Après l’échec, dimanche dernier, de la réforme de la prévoyance vieillesse, le conseiller fédéral a dû annoncer ce jeudi une nouvelle hausse des primes d’assurance maladie pour 2018. Elle sera de 4%. Ce pourcentage est une moyenne qui s’applique à une prime pour adulte avec une franchise de 300 francs comprenant la couverture accident. La prime moyenne s’élèvera ainsi à 447,30 francs, soit plus du double qu’en 2000 (212 francs). La hausse sera encore plus marquée chez les enfants jusqu’à 18 ans (+5,3%) et chez les jeunes adultes jusqu’à 25 ans (+4,4%).

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Tous les cantons ne sont pas logés à la même enseigne. L’augmentation est plus marquée en Suisse romande. Elle dépasse les 5% dans les cantons de Genève, de Neuchâtel, de Vaud et du Valais. Le canton de Vaud présente la hausse la plus forte: 6,4%. A l’opposé, c’est Schwyz qui s’en sort le mieux: +1,6%.

En tenant compte de tous les assureurs maladie et de tous les modèles, la Suisse compte près de 280 000 primes différentes. Le comparateur Comparis note ainsi que, pour l’ensemble de l’offre, la hausse n’est pas de 4% mais de 4,9% en moyenne. Elle est notamment plus marquée pour ceux qui font le choix d’une franchise élevée.

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Un correctif

Plusieurs raisons expliquent cette évolution. Il y a évidemment les coûts de la santé, qui prennent l’ascenseur en raison de l’évolution démographique, des progrès médico-techniques et de l’augmentation des prestations. Mais certaines caisses, notamment le Groupe Mutuel, ont fixé des primes trop basses ces dernières années par rapport à leurs coûts. Leurs réserves sont passées en dessous du minimum prescrit. Ces caisses doivent donc non seulement adapter leurs primes mais également reconstituer des réserves. C’est ce qui explique que l’augmentation soit plus forte en Suisse romande, étant donné que le Groupe Mutuel, basé à Martigny, y est fortement implanté.

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Maîtriser les coûts

Cette explication mise à part, c’est bien la maîtrise des coûts de la santé qui présente le plus grand défi. Outre le lancement annoncé de plusieurs initiatives, le Conseil fédéral prend la situation très au sérieux. Alain Berset rappelle qu’une séance spéciale (Klausur) s’est tenue sur ce thème avant la pause estivale. Début septembre, les entretiens de Watteville, qui réunissent une délégation du Conseil fédéral ainsi que les présidents des partis gouvernementaux et leurs chefs de groupe parlementaire, ont aussi porté sur cette question.

Dans l’immédiat, un rapport est fort attendu: celui confié à un groupe d’experts présidé par l’ancienne conseillère aux Etats zurichoise Verena Diener. Il doit contenir des propositions pour enrayer les coûts, basées sur des expériences nationales et internationales.

Nouveau financement

Mais les assureurs ont pris les devants et plaident dorénavant pour que les cantons participent aussi au financement de la médecine ambulatoire. Actuellement, le mode de financement n’est pas le même pour les prestations hospitalières et celles qui se pratiquent en ambulatoire. Dans le premier cas, cantons et assureurs se partagent les coûts. Par contre, les assureurs sont seuls à supporter la facture de l’ambulatoire.

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Or, il s’agit d’un domaine qui connaît chaque année de fortes hausses étant donné le transfert de certains actes de l’hospitalier à l’ambulatoire. La tendance va se renforcer avec les progrès de la médecine. Personne ne la remet en question. Mais les assureurs veulent revoir le partage des coûts et unifier la pratique pour éviter les fausses incitations. Cela signifie que les cantons seraient également appelés à financer aussi l’ambulatoire afin que la facture ne soit pas supportée uniquement par les assurés.

Encourager le dialogue

Alain Berset indique que le Conseil fédéral souhaite encourager cette discussion entre les partenaires. «Nous en parlions en 2012 déjà. Mais les cantons ont d’abord voulu introduire le nouveau financement hospitalier par cas avant d’aller plus loin», explique-t-il. Aujourd’hui, une commission parlementaire a repris le projet. Avec un bémol: en mai dernier, les cantons ont fait part de leurs réticences. Or, pour le conseiller fédéral, c’est une évidence: rien ne pourra se faire sans les cantons.

Dans l’immédiat, ce sont cependant les effets de la nouvelle grille tarifaire TarMed qui seront scrutés. De nouveaux tarifs médicaux, revus à la baisse par Alain Berset, seront appliqués en 2018. A la clé, une promesse d’économies pour un montant estimé à 470 millions de francs, soit 1,5% des primes. Faut-il y croire? Les assureurs craignent que les prestataires de soins compensent des baisses sur d’autres lignes tarifaires. Un monitorage y veillera.