C’est une nouvelle défaite pour Christoph Blocher. Par 101 voix contre 91, le Conseil national a refusé jeudi matin une motion d’ordre du groupe UDC qui proposait de traiter parallèlement l’initiative de l’entrepreneur Thomas Minder «contre les rémunérations abusives» des hauts managers et une réforme du droit des sociétés anonymes.

Le Conseil national veut opposer un contre-projet direct, donc dans la Constitution, à l’initiative Minder. L’objectif est de permettre aux assemblées d’actionnaires de se prononcer sur le salaire et les bonus des managers et administrateurs. Une majorité de centre gauche, socialistes, Verts, démocrates-chrétiens, s’est opposée au pacte conclu entre l’UDC et Thomas Minder. Dans un accord avec Christoph Blocher, l’entrepreneur schaffhousois avait accepté de retirer son initiative populaire en échange d’une modification du code des obligations qui reprendrait les mêmes exigences.

Du temps perdu, regrette l’entrepreneur lucernois et conseiller national radical Otto Ineichen.

Le Temps: Avec votre parti, le PLR, vous avez soutenu la motion d’ordre de l’UDC qui voulait traiter parallèlement l’initiative populaire Minder et une réforme du droit des sociétés anonymes comme contre-projet indirect. Pourquoi?

Otto Ineichen. Pour aller vite. Le peuple est en colère contre les excès de quelques hauts managers et la pratique des bonus disproportionnés. Les gens veulent une solution rapide. Je suis persuadé qu’avec une simple réforme de la loi, donc du droit des sociétés anonymes, on serait allé beaucoup plus vite et que l’on aurait pu disposer d’un texte contre les abus dans les rémunérations dès 2011. Voter sur l’initiative ou le contre-projet, donc au niveau constitutionnel, sera beaucoup plus long. Car après le vote populaire il faudra de toute manière débattre d’une loi d’application, donc adapter en conséquence le droit des actionnaires. Du temps perdu

– Le problème, c’est que le PDC et la gauche craignent que les revendications de l’initiative Minder (plus de droits pour les actionnaires, réglementation des bonus, élection annuelle des administrateurs) soient diluées par la droite lors des débats au parlement.

– Le PDC et les socialistes ne font pas confiance à Christoph Blocher. Moi oui. Je suis persuadé que lui et son parti maintiendront le compromis trouvé avec Thomas Minder qui reprend dans la loi les exigences de l’initiative en les améliorant. Christoph Blocher s’est toujours signalé en faveur d’une démocratie de l’actionnariat contre le pouvoir des managers. S’il devait changer d’avis, il perdrait toute crédibilité envers son parti et envers l’opinion publique. On constate que les divergences sont minimes entre les divers contre-projets, direct et indirect, et l’initiative. Mais il y a des arguments émotionnels et surtout des intentions électorales. La gauche veut un vote populaire favorable avant les élections. Elle refuse d’accorder une victoire tactique à l’UDC. C’est idéologique.

– Y a-t-il un élément qui fait défaut dans le texte de Thomas Minder?

– L’initiative concerne directement les quelque 270 sociétés suisses cotées en bourse. Mais il y en a plus de 1500, des moyennes entreprises, par exemple de transport ou de logistique, dont les actions s’échangent dans quelques établissements bancaires. Or l’initiative est imprécise à leur sujet. On ne sait pas si elles seront contraintes, par exemple, d’élire leurs administrateurs tous les ans ou de se soumettre aux mêmes règles que les multinationales. On risque de les étouffer sous les procédures administratives et bureaucratiques.