Genève

Débouté par la justice, le dessinateur Exem se dit meurtri

L’artiste réclamait le retrait d’une affiche de votations de l’Association des juristes progressistes. Celle-ci utilise son logo pour combattre la loi sur la laïcité, alors qu’il s’engage pour le oui

Le dessinateur genevois Exem ne s’attendait pas à pareil camouflet. En conflit avec l’Association des juristes progressistes (AJP) pour une affiche de votations concernant la loi sur la laïcité de l’Etat, soumise au vote le 10 février prochain, il a été débouté par la justice: «Je suis atteint dans mon honneur, sidéré par le fait que le tribunal n’a pas voulu voir que mon droit d’auteur est bafoué.»

La semaine dernière, il découvrait que l’AJP avait utilisé un logo réalisé par ses soins voilà vingt-cinq ans, comme motif principal de l’affiche de campagne combattant la loi. Or Exem est un homme de convictions, et parmi elles figure son adhésion à cette loi. Raison pour laquelle il a réalisé une affiche pour l’association La laïcité, ma liberté, invitant à voter oui. Furieux de voir son coup de crayon et sa signature engagés sur les murs de la ville, qui plus est sans son consentement et en contradiction avec son engagement, il a requis des mesures provisionnelles et superprovisionnelles visant à son retrait immédiat. Mais la Chambre civile de la Cour de justice n’a pas vu les choses ainsi.

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Celle-ci n’a pas vocation à statuer sur le fond, mais sur la vraisemblance. Elle reconnaît que l’AFJ a utilisé une version agrandie du logo dont la signature a été légèrement modifiée. Mais elle dit «ignorer si les parties ont convenu d’une cession des droits d’auteur sur ledit logo». Elle relève que «la finalité du contrat impliquait vraisemblablement également le droit de reproduire le logo de l’association dans le cadre de campagnes de votations». Les juges notent aussi que les dessins des deux affiches sont différents, ce qui leur permet de conclure «qu’une violation des droits de la personnalité n’est pas non plus vraisemblable dans la mesure où le grand public ne fait probablement aucun lien» entre les deux.

Pour Exem, c’est du «pinaillage», cette affaire induisant la confusion. En plus du désaveu judiciaire, il se sent trahi: «Je suis heurté par l’attitude des juristes progressistes, dont j’ai toujours apprécié le travail consistant à défendre les démunis. Ce qui me terrorise, c’est qu’ils se sont considérés détenteurs de mon logo, quitte à me meurtrir. Je suis effondré par leur manque de morale.» Exem va réfléchir à l’opportunité de déposer une plainte pénale ou d’intenter une action civile pour tort moral.

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