Le sort des personnes qui se voient refuser une rente d'invalidité inquiète toujours autant dans les rangs de la gauche. A une semaine du début des travaux sur la 5e révision de l'AI au Conseil des Etats, une de ses membres, la socialiste Gisèle Ory, directrice de Pro Infirmis Neuchâtel, tire la sonnette d'alarme. Le projet de loi, qui prévoit de diminuer de 20% le nombre de nouvelles rentes ces prochaines années et qui a été voté au National, est inacceptable selon elle.

Selon une enquête qu'elle a mandatée, près de 35% des personnes déboutées par l'AI vivent aux crochets de leur famille, 39% dépendent de l'aide sociale et 26% travaillent à temps partiel ou sont au bénéfice d'une autre source de revenus. «La 5e révision de la loi ne permettra pas de faire des économies. Les résultats de l'enquête montrent que les charges sont transférées de la Confédération vers les cantons, les communes et les familles», déplore la socialiste.

L'OFAS réfute les résultats

Pour l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS), ce travail qualitatif ne permet pas de tirer des conclusions ou, en tout cas pas de conclusions statistiques. «Nous avons également analysé la situation dans un rapport interne et nous avons constaté qu'il n'y a pas de lien entre la baisse du nombre de rentes et l'augmentation des coûts de l'aide sociale», assure Alard du Bois-Reymond, chef du domaine AI.

L'enquête présentée par Gisèle Ory a été menée sur toute la Suisse, auprès de 69 personnes qui ont accepté d'ouvrir leur dossier à une psychologue. L'échantillon est maigre, mais c'est la première fois que des chiffres éclairent la situation des personnes à qui l'AI a refusé la rente. Cette étude est discutable de par son ampleur, mais c'est justement la taille de l'échantillon qui l'a rendue possible.

A cause du système fédéraliste, il est quasiment impossible de retracer au niveau fédéral le parcours des déboutés. L'Office fédéral de la statistique (OFS), qui présentera ses chiffres sur les bénéficiaires de l'aide sociale dans un mois, n'a d'ailleurs pas pu le faire. «Nos chiffres montreront pourquoi les gens quittent l'aide sociale, mais pas pourquoi ils y arrivent», annonce-t-on.

Gisèle Ory s'inquiète d'autant plus qu'elle a constaté dans son enquête que la totalité des personnes qui n'ont pas reçu de rente n'ont pas pour autant bénéficié de mesures de réinsertion professionnelle. Même lorsqu'elles l'avaient demandé.