Début de procès difficile pour Laurent Ségalat, le généticien français accusé d’avoir tué sa belle-mère dans la maison familiale de Vaux-sur-Morges. Le président du Tribunal criminel de la Côte, Jean-Pierre Lador, très contrarié par l’activisme des proches du prévenu et notamment par la réception de deux récents courriers critiques envers la justice vaudoise, a d’entrée de cause déploré « ces méthodes fort criticables ». Le magistrat n’a pas hésité à parler d’une « forme de menace inqualifiable et inadmissible ». Interpellé sur les faits entre deux manifestations de mauvaise humeur, Laurent Ségalat a déclaré: « Je veux dire avec force que je suis innocent. Je le dis à vous, aux proches et à tous ceux qui sont présents dans la salle.»

Le premier jour de cette audience très attendue a fait salle comble. Laurent Ségalat, 48 ans, a déjà réussi à irriter la Cour en faisant un petit signe à l’une de ses filles. « Je fais évacuer le public si vous n’écoutez pas les questions. Ce n’est pas une cour d’école ici », lui a lancé le président. Aux premières questions du procureur général Eric Cottier, sur son emploi du temps ce 9 janvier 20010, le biologiste, ancien directeur de recherches au CNRS, a répondu de manière souvent vague en invoquant sa mémoire défaillante et un « grand brouillard ».

Les débats se sont poursuivis avec le visionnement de la reconstitution organisée en cours d’enquête. On y voit un Laurent Ségalat, le visage dans les mains, se plaignant du froid, de tout ce qui lui arrive, de ces gens qui ont investi la maison, de son esprit qui s’embrouille. « Je lui disais réveilles-toi. Je voulais la sauver. Je n’ai pas réussi », explique-t-il à cette occasion avant de s’effondrer en sanglots.

Déplacement du corps dans la maison pour atteindre un sol moins froid - «malheureusement elle est retombée plusieurs fois, il y avait du sang et cela glissait beaucoup» -, massage cardiaque, le prévenu tente d’expliquer son étrange comportement entre le moment où, dit-il, il a découvert Catherine Ségalat inconsciente au bas de l’escalier et celui où il a appelé les secours.

Il se décide à appeler le 144 vers 21h15 « après avoir encore piqué sa belle-mère avec un poinçon pour voir sa réaction et « en réalisant que c’était fini ». Pourquoi avoir attendu encore quelque temps? « Je ne sais pas, j’étais dans un abattement si profond. Tout ça est dans un flou. Je ne sais plus.»

Lors de cette même reconstitution, Laurent Ségalat, tremblant, hésitant et récalcitrant à refaire les gestes de cette soirée, raconte son souci de l’ordre et du détail. « Catherine n’était pas ma mère mais elle était ma mère quand-même. Elle était toute sale, toute recouverte de sang. Je lui ai fermé la bouche, je suis allé cherché un oreiller pour le mettre sous sa tête, cela peut paraître dérisoire, je lui ai nettoyé le visage pour qu’elle soit plus jolie. Je lui ai aussi lavé les mains et, je n’en suis pas très sûr, je l’ai recoiffée ». Et pourquoi avoir nettoyé le sang? « Je n’aime pas le sang. Je ne voulais plus le voir. Plus marcher dedans Après coup, je me suis dit: tu as fait une connerie ».

Prostré sur sa chaise, Laurent Ségalat ne regarde pas le film dont il est l’acteur central. Cet après-midi, il devra pourtant reprendre la parole pour un interrogatoire qui s’annonce serré.