Emploi

Decathlon au cœur d’une embrouille sur l’embauche de frontaliers 

Le Groupement transfrontalier européen a annoncé que Decathlon recrutait en France pour ses magasins suisses. Il s’est rétracté lundi, avouant avoir agi sans mandat. Entre-temps, le ministre Mauro Poggia a appelé la direction de l’entreprise

Voilà bien une annonce qui a échauffé les esprits. Sur le site web du Groupement transfrontalier européen (GTE), on apprenait lundi matin que le géant français des articles de sport Decathlon recrutait pour ses futurs magasins suisses… en France. Le GTE invitait les personnes intéressées à «prendre rendez-vous avec nos spécialistes de l’emploi en Suisse», pour des entretiens à Annemasse, à Saint-Genis-Pouilly, à Thonon-les-Bains ou par Skype. L’adresse e-mail de l’enseigne française pour le recrutement était mentionnée.

Recruter ses employés en France

Au lendemain de son éclatante réélection au Conseil d’Etat genevois, le MCG Mauro Poggia était en jambes pour sauter sur une affaire venue opportunément servir sa politique de préférence indigène: «C’est une attitude de flibustier. Vraiment typique de ce que les Genevois ne tolèrent plus.» Piqué au vif, il promettait d’appeler séance tenante la direction de Decathlon à Genève. «D’autant plus que l’Office cantonal de l’emploi a adressé à cette entreprise une lettre le 23 avril dernier, en vue de participer au processus d’embauche. Mais il n’a pas reçu de réponse à ce jour.»

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Un peu plus tard, l’annonce était remodelée. Que s’est-il passé? Decathlon, alerté par Mauro Poggia et par les questions du Temps, a remis de l’ordre dans la boutique: «Nous avons demandé au GTE qu’il rectifie, explique Jeremy Nieckowski, porte-parole de l’entreprise. Car nous ne lui avons donné aucun mandat pour une campagne de recrutement.» Après l’ouverture de magasins à Marin (NE) et à Meyrin (GE) ainsi qu’à Conthey (VS) cet automne, l’entreprise ne communique d’ailleurs pas sur les lieux de ses futures inaugurations.

Le coup de semonce a dû être radical, puisque l’association s’est immédiatement exécutée: «C’est une erreur de notre part, avoue Laurence Coudière, porte-parole du GTE. Decathlon ne nous a pas chargés du recrutement.» Alors pourquoi cette bourde de la part d’une organisation crédible? «Nous voulions, à la faveur de l’implantation de Decathlon en Suisse, faire la promotion de notre service emploi, qui aide nos adhérents dans leurs démarches en Suisse mais n’est pas une agence de placement», répond-elle.

C’est une attitude de flibustier. Vraiment typique de ce que les Genevois ne tolèrent plus.

Pour Mauro Poggia, le doute subsiste, malgré les assurances de la direction de Decathlon et un rendez-vous obtenu avec l’Office cantonal de l’emploi: «Soit Decathlon a réellement donné mandat au GTE et s’est rendu compte qu’il était allé trop loin, soit le GTE s’attribue des prérogatives à l’embauche en Suisse. Dans les deux cas, c’est problématique.»

Quoi qu’il en soit, l’affaire est révélatrice de la tension électrique qui règne à Genève autour de l’embauche des frontaliers. La future mise en œuvre de l’obligation d’annoncer les postes vacants aux Offices régionaux de placement (dans les professions où le taux de chômage atteint un certain seuil) ne va pas contribuer à calmer les esprits. Mais plus vraisemblablement à multiplier les embrouilles.

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