Dans un communiqué diffusé vendredi, François Jomini annonce qu’il renonce à enquêter sur le décès de Skander Vogt dans sa cellule de Bochuz le 11 mars dernier après avoir mis le feu à son matelas. L’ex-juge cantonal avait été désigné mercredi afin de clarifier les circonstances du drame. François Jomini, tout en rappelant ses missions passées exécutées en dehors de toute pression, déclare qu’il ne peut pas «travailler dans un climat de suspicion».

La marche arrière, deux jours après sa nomination, a été provoquée par un article du Matin. François Jomini et Catherine Martin, cheffe du Service pénitentiaire, siègent au sein de la Fondation vaudoise de probation, indiquait le quotidien. Fondation qui s’emploie à favoriser la réinsertion des anciens détenus.

Du coup, l’indépendance de l’expert a été contestée par la gauche et par la Fédération des sociétés des fonctionnaires (FSF) dont fait partie la faîtière des agents de détention. Une enquête indépendante, réclamée par l’avocat de la famille de la victime, mais également par les socialistes, les Verts et A gauche toute! via une interpellation déposée mardi au Grand Conseil, est ainsi devenu l’enjeu principal de l’affaire, au-delà de la procédure pénale qui suit son cours. Des rapports internes, tout comme les révélations des médias, ont souligné des «zones d’ombre» dans le déroulement des événements tragiques.

Six semaines après les faits, Philippe Leuba avait donc décidé de faire la lumière sur la mort du prisonnier. Maintenant, il prend acte, dans un deuxième communiqué, du retrait de l’expert. Retrait, précise-t-il de vive voix, qu’il n’a pas sollicité. Le magistrat déplore «une campagne de dénigrement menée sans aucun fondement» à son encontre. Le ministre responsable du Département de l’intérieur – et donc des prisons vaudoises –, connaissait le mandat de François Jomini auprès de la Fondation, mais n’y avait pas décelé d’incompatibilité. Bref, Philippe Leuba tombe des nues. Et il ne remet pas en cause sa gestion de l’affaire. L’élu libéral annonce, en guise de riposte, qu’il nommera rapidement un autre expert, déniché cette fois à l’extérieur du canton de Vaud. Comme le lui demandait d’ailleurs l’interpellation parlementaire.

Récusation possible

Cesla Amarelle accuse, elle, «l’état d’impréparation et de panique» qui conduit l’action du département de Philippe Leuba et du gouvernement. La présidente du PS vaudois en veut pour preuve le départ de François Jomini, qui intervient avant même que son successeur soit connu. Il n’y a pas de procès d’intention à l’égard de François Jomini, explique la députée. Plus pragmatiquement, ce dernier, selon Cesla Amarelle, risquait d’être récusé en raison de sa proximité avec la cheffe du Service pénitentiaire. Cheffe dont il aurait dû tôt ou tard examiner les pratiques et évaluer le comportement la nuit de la mort de Skander Vogt.

Sans triomphalisme, Cesla Amarelle attend le nom du futur enquêteur. Elle espère une personnalité de l’envergure de l’ancien procureur genevois Bernard Bertossa. Elle souhaite également que le Conseil d’Etat écarte la confusion et l’improvisation dont souffre la gestion de la crise. La première qui secoue sérieusement Philippe Leuba depuis son intronisation en 2007.