Hans Küng, théologien suisse catholique très critique envers l'Eglise, est décédé mardi à Tübingen (Allemagne) à l'âge de 93 ans, a annoncé la Fondation pour une éthique planétaire, qu'il avait fondée. «Avec Hans Küng, nous perdons le charismatique et impressionnant créateur de la Fondation et un maître à penser visionnaire pour un monde plus juste et pacifique», a indiqué la Fondation dans un communiqué.

Né le 19 mars 1928 en Suisse, Hans Küng a été professeur émérite de théologie œcuménique à l'Université de Tübingen (sud-ouest). La cause du décès de ce promoteur du dialogue entre les religions n'a pas été précisée.

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Libéral, populaire et têtu

Les prises de position de Hans Küng lui avaient valu une interdiction d'enseignement par le Vatican dès 1979. Elles lui avaient toutefois aussi assuré une grande popularité. Si le pape Jean Paul II lui a retiré sa «missio canonica» (droit d'enseigner la théologie catholique), il n'a pas réussi à le faire taire. Le Lucernois a même continué à enseigner à Tübingen, sans être affilié à la faculté de théologie, ainsi que dans le monde entier en tant que professeur invité. «Du pays de Guillaume Tell, j'ai hérité d'une certaine fermeté qui souvent déplaît à la hiérarchie», aimait-il à déclarer. L'éthicien a en outre ouvertement qualifié le pape polonais d'autoritariste opprimant les femmes et les théologiens.

Né à Sursee (LU), fils de cordonnier, Hans Küng a enseigné à Tübingen durant 36 ans à l'Université Eberhard-Karl, avant de prendre sa retraite en 1996. En 1995, il a co-fondé la Fondation pour l'éthique planétaire, active dans l'éducation et la recherche interculturelles et interreligieuses. Depuis 2013, il vivait retiré de la vie publique pour raison de santé. 

Mondialement reconnu

Huit fois docteur honoris causa, Hans Küng a été traduit dans une vingtaine de langues. Ses plus de 50 livres, dont plusieurs «bestsellers», ont été lus dans des milieux culturels, sociaux et confessionnels les plus divers. Hans Küng, qui a été un des Suisses les plus connus à l'étranger, s'est engagé dans ses écrits pour une Suisse tolérante et ouverte. Il est également connu pour ses opinions favorables au mariage des prêtres, à l'ordination des femmes, à la contraception et à la théologie de la libération.

Certains de ses ouvrages sont considérés comme de véritables innovations de la théologie du 20e siècle, telle sa trilogie «Etre chrétien», «Dieu existe-t-il?« et «Vie éternelle?». Théologien libéral, Hans Küng s'est engagé avec vigueur pour un élargissement de l'horizon de l'Eglise catholique, ce qui a attiré sur lui les foudres de la hiérarchie romaine.

Face à Benoît XVI et à la pédophilie

A la surprise générale, Hans Küng avait été reçu par le pape Benoît XVI en 2005. Lors de cette audience consacrée à sa fondation, les sujets qui fâchent avaient été soigneusement évités. Les deux hommes ont certainement parlé du bon vieux temps: tous deux ont enseigné à Tübingen. Et lorsqu'il pleuvait, Hans Küng avait coutume d'emmener le cycliste Ratzinger dans son Alfa Romeo. Plus récemment, en 2010, le théologien avait exigé que le pape Benoît XVI fasse son «mea culpa» sur la façon dont les affaires de pédophilie au sein de l'Eglise avaient été gérées depuis des décennies.

Hans Küng n'avait pas épargné non plus l'attitude de l'épiscopat allemand et de son président, l'archevêque Robert Zollitsch, secoué par une série de révélations d'abus sexuels anciens commis par des membres du clergé.

Eloges pour François

Le théologien suisse a, en revanche, tenu des propos élogieux à l'égard de François, le pape actuel. Dans son livre paru en 2015, «Sieben Päpste», il a dit de l'Argentin qu'il a profondément changé l'atmosphère du système de la curie romaine par son langage direct, son style de vie atypique par rapport à la curie et son appel à l'évangile.

Intellectuel reconnu, Hans Küng s'est vu décerner de nombreux prix. L'Union des Eglises évangéliques d'Allemagne lui a décerné le prix Karl Barth 1992. En 1994, il a reçu la croix du mérite fédéral allemand de première classe. Le Prix culturel de Suisse centrale lui a également été remis en 1991. Et en 1998, Hans Küng a été fait bourgeois d'honneur de sa commune de naissance, Sursee.