«Il est préoccupé par d'autres dossiers, ses autoroutes. Il lui est difficile de saisir la complexité de ce projet.» Directeur de BCI Betriebs-AG, qui réunit huit firmes chimiques bâloises ayant entreposé 114 000 tonnes de déchets toxiques dans une glaisière ajoulote entre 1961 et 1976, Rolf Bentz prend des gants face au peu d'empressement du ministre jurassien Laurent Schaffter à s'impliquer dans l'assainissement de la décharge de Bonfol. Tout en nuançant: «Les contacts sont toutefois plus aisés qu'avant», Rolf Bentz se souvenant des relations tumultueuses avec Pierre Kohler, prédécesseur de Laurent Schaffter.

Il n'empêche: même s'ils se sont engagés à privilégier la concertation à la confrontation, le Jura et la BCI sont en crise. Ou, plus subtilement, en lutte d'influence.

Le 16 septembre, Laurent Schaffter émettait un «oui, mais» au projet d'assainissement produit par la BCI, consistant à extraire les déchets et à les faire incinérer à l'étranger après les avoir transportés par rail. Le Jura ratifie le concept à 54 exceptions près, exigeant par exemple des piézomètres pour étudier le sous-sol de la décharge. Contrariée, la BCI contre-attaque. Plutôt que de sonder le terrain, elle a planté, mardi, un mât de 40 mètres pour recueillir des données météo.

Rolf Bentz en a profité pour fustiger l'incapacité du Jura à être, à ses yeux, un partenaire à la hauteur et à faire coopérer ses services administratifs et ses experts avec le groupe de projet de la BCI. «Nous n'avons jamais pu leur présenter notre projet dans son ensemble», regrette Michael Fischer, de la BCI. «Tout est confus dans ce petit canton du Jura», susurre Rolf Bentz, qui l'a dit à Laurent Schaffter lors d'une séance électrique, convoquée en urgence, il y a dix jours. Avec menace de blocage du projet et d'allongement du calendrier, la faute au canton bien sûr. L'octroi du permis est prévu en 2005, les travaux d'excavation de 2008 à 2012.

La BCI est irritée par une autre dérobade jurassienne: elle a demandé à Laurent Schaffter d'initier un débat sur le financement de l'assainissement. La BCI est prête à payer le plus gros des 280 millions, mais pas l'entier. Le ministre n'a rien entrepris et s'arc-boute: «Il est exclu que le Jura ou la commune de Bonfol passent à la caisse.»

Menaçant, Rolf Bentz sait aussi que la chimie ne peut se permettre un échec à Bonfol. Il reprend astucieusement la main: «Nous pourrions couvrir la participation financière du Jura et de Bonfol, une fois le permis de construire délivré», préconise-t-il, pressant le canton de s'organiser en conséquence.