Les élections ne se gagnent plus dans les arrière-salles de bistrots, mais dans les déchetteries. Telle est la conviction de certains partis politiques fribourgeois. Qui, à l'occasion de la campagne pour le scrutin cantonal du 5 novembre, n'ont pas hésité à franchir le portail de ces austères collecteurs de détritus pour venir parler aux citoyens.

Car dans le canton de Fribourg comme ailleurs en Suisse, il y a foule dans les déchetteries le samedi. En famille ou en solitaire, à vélo, à pied ou en 4X4, la population vient déposer les résidus de sa consommation hebdomadaire, mais aussi, loin du stress de la semaine, échanger quelques mots avec les techniciens de la place ou simplement le voisin que l'on rencontre ici presque plus facilement que dans son quartier.

«Le dernier endroit»

«La déchetterie est le dernier endroit où les habitants d'une localité se retrouvent. Ils s'y rendent souvent avec leurs enfants, pour trier leurs déchets. Dans ces moments-là, chacun est un peu «écolo» et a l'impression d'accomplir un acte citoyen utile», observe Roman Hapka.

Le candidat écologiste au Conseil d'Etat n'a donc pas manqué l'occasion d'aller offrir du thé vert - le «gadget» de sa formation politique durant cette campagne - aux électeurs de sa commune de Cousset, dans la Broye. Une expérience positive, même s'il avoue avoir dû se forcer un peu, parce que «nous, les Verts, n'avons pas l'habitude de serrer des mains».

Serrer des mains, voilà qui n'a jamais fait peur aux radicaux. En Gruyère, les prétendants du PLR (Parti libéral-radical) au Grand Conseil ont mis en place un véritable «plan déchetteries». Ces dernières semaines, ils en ont visité pas moins de quatre, dans des communes de 1500 à 2000 habitants. «La taille idéale, car leurs horaires d'ouvertures sont limités à quelques heures le samedi. Aussi y a-t-il beaucoup de monde qui s'y trouve en même temps», explique la députée Antoinette Badoud, cheville ouvrière de l'opération.

«On ne se connaît plus»

Tout en glissant dans le bac idoine bouteilles de PET, capsules Nespresso, pain sec, batteries, compost, la discussion s'engage. «Les gens sont moins pressés que les autres jours, ils sont plus réceptifs», relève Antoinette Badoud. Il faut dire que le PLR de la Gruyère a su y faire. Le citoyen-recycleur était accueilli avec du café, des croissants, puis du Vully, à l'heure de l'apéro. Comment résister à un tel appel?

«Le district de la Gruyère enregistre une forte poussée démographique. Dans les villages, on ne connaît plus tout le monde comme autrefois. Ces visites dans les déchetteries nous ont donc permis de nous présenter aux électeurs», poursuit la députée radicale. Qui ne doute pas du bien-fondé de la démarche. En hiver dernier, à l'occasion des élections communales, le PLR de Pont-en-Ogoz (1510 résidants) a déjà fait causette avec la population au milieu du vieux papier et des déchets ménagers. Résultat: il a fait un carton lors du scrutin, argumente-t-elle.

Les partis font les poubelles

Ce n'est pas du vin blanc, mais une rose (évidemment) que les socialistes de la Sarine ont distribuée dernièrement aux usagers de quatre déchetteries communales de leur cercle électoral. Parmi eux, le candidat à la préfecture René Thomet. «En 2001, lors de la précédente campagne cantonale, le PS avait essayé d'aller dans les cafés pour susciter le débat. Cela n'a pas fonctionné du tout. De sortie, les gens ne souhaitaient pas qu'on les dérange pour parler politique», se rappelle-t-il.

Les socialistes ont donc revu leur partition, misant eux aussi sur les collecteurs de verre, scories et autres pelures de banane. Et ça marche: «Le public est beaucoup plus attentif. Au début, il est un peu surpris. Il s'étonne que le PS «fasse les poubelles». Mais quand on leur explique le sens de notre action, il comprend. L'échange est alors possible, et même souvent fructueux. Et en partant, nombreux sont ceux qui se disent ravis de revenir de la déchetterie avec une fleur dans les mains», déclare René Thomet.

Quant au PDC et à l'UDC, ils n'ont apparemment pas été humer l'air des déchetteries, préférant se cantonner aux traditionnels marchés, fêtes et stands dans les centres commerciaux. Quelle tactique sera payante? Réponse le 5 novembre.