«Ce n'est pas une guerre des chefs, mais un affrontement entre deux ailes du syndicat.» Destitué fin septembre de la présidence du Syndicat des services publics région Neuchâtel (SSP-RN) suite à un vote des délégués, José Sanchez appréhende les prochains mois avec inquiétude. Pour lui, la nouvelle équipe emmenée par Daniel Ziegler, jugée trop consensuelle, n'arrivera à rien dans ses discussions avec le Conseil d'Etat neuchâtelois concernant les mesures d'économies prévues pour l'année 2005 (lire ci-dessous). «Ils pensent obtenir des concessions du gouvernement cantonal en s'asseyant à la table des négociations, fulmine l'ancien président. C'est des salades. Ils n'auront rien. Pensez: même en période de haute conjoncture, ça n'a rien donné…»

Un ancien marxiste contre l'aile droite

Nommé à la tête du SSP-RN au printemps 2003, José Sanchez, ex-militant de la Ligue marxiste révolutionnaire, s'est très vite profilé comme un dur, dans la ligne de la section genevoise. Cette attitude volontariste a très vite déplu à l'aile droite du syndicat. Début octobre, l'un d'eux décrivait dans les colonnes de L'Express et de L'Impartial un homme «plus fort à la confrontation qu'à la conciliation», et dont la manière de diriger ou de donner des instructions était «par trop conflictuelle».

José Sanchez reconnaît qu'il a parfois du mal à arrondir les angles. Mais à son sens, c'est un mal nécessaire. «Certains, au sein du syndicat, considèrent que face aux mesures d'économies, on ne peut pas faire autrement. Moi je considère qu'il faut s'y opposer avec fermeté. Ce n'est pas une fatalité.»

Moins jusqu'au-boutiste, Daniel Ziegler – injoignable hier – tient pour l'heure le couteau par le manche. Mais ce n'est peut-être pas définitif. Non contentes de la manière dont s'est déroulé le scrutin du 30 septembre, les sections «santé» et «administration cantonale» du syndicat ont demandé un nouveau vote, élargi à tous les membres du SSP-RN.

Les bulletins sont arrivés il y a quelques jours dans les boîtes aux lettres des membres neuchâtelois. Ils ont jusqu'au 13 novembre pour voter par écrit. «Le comité a profité de l'occasion pour continuer ses basses manœuvres, regrette José Sanchez. Ils ont œuvré dans la précipitation, sans qu'il y ait un argumentaire de part et d'autre.

D'autre part, la question posée est trop orientée. C'est comme si, lors d'une votation, on demandait aux Suisses «acceptez-vous la proposition du Conseil fédéral?» sans la moindre explication.»

Jugeant le délai trop court, les deux sections ont demandé l'annulation du scrutin auprès du tribunal arbitral fédératif. «On demande une nouvelle votation générale, souligne José Sanchez. Il faut que les membres puissent se prononcer en connaissance de cause. On n'est pas dans une république bananière.»