Lorsqu'ils entrent à 9 heures ce lundi 28 août dans l'amphithéâtre Jenny de l'Hôpital cantonal, les quelque deux cent cinquante cadres supérieurs du Département de l'action sociale et de la santé (DASS) savent déjà que Guy-Olivier Segond ne sera plus leur président lors de la prochaine législature qui débutera en novembre 2001. Le conseiller d'Etat devait, à l'occasion de la rentrée du département, leur annoncer son choix de briguer ou non une quatrième législature consécutive; il a préféré le révéler par le biais de la Tribune de Genève. Dès le début de son discours, Guy-Olivier Segond prévient l'auditoire qu'il mènera à terme toutes les réformes entreprises: «Ma décision vous inspire soit de la satisfaction, soit de la déception. Néanmoins je tiens à vous rappeler que la fin du siècle est beaucoup plus proche que la fin de mon mandat. Il reste seulement 125 jours jusqu'au XXIe siècle, mais encore 460 jusqu'au changement de législature.»

Puis le conseiller d'Etat leur présente ses objectifs pour l'année à venir. «Le gouvernement va déposer cet automne un projet de loi d'assurance maternité cantonale», annonce Guy-Olivier Segond. Valable pendant 16 semaines de congé de maternité, elle représenterait 80% du gain assuré par l'AVS. Elle serait financée grâce à un transfert de la baisse de 1% de l'assurance chômage. Le conseiller d'Etat s'est déclaré confiant à propos du projet de revenu minimum de réinsertion (RMR) qu'il prépare depuis plus de deux ans. «Il devrait être accepté par le Grand Conseil.»

Guy-Olivier Segond a également évoqué le projet Iris, le réseau communautaire d'informatique médicale. «La fondation chargée de créer ce réseau est déjà en place, indique le patron de la Santé et des Affaires sociales. Grâce à une clef électronique, le patient pourra consulter son dossier, qui restera chez le médecin.»

Ayant brossé ce tableau, le magistrat en partance a alors, dans le plus pur des styles qu'il aime à cultiver, rendu la parole à l'assemblée. Qui sait, peut-être a-t-il ressenti une déception en constatant qu'aucune des questions qui suivirent ne concernait ses adieux politiques? Cette retenue de la hiérarchie s'est prolongée au-delà de la sortie de l'auditoire, où les commentaires sur la retraite du chef restaient des plus prudents.

Les propos laudatifs n'étaient pourtant pas difficiles à grappiller, l'hommage aux capacités visionnaires de «GOS» revenant régulièrement. En voici quelques extraits. Robert Cuénod, directeur général de l'Hospice général: «Il a toujours eu une vision éclairée des réformes à appliquer aux domaines de la santé et du social.» Nicole Fichter, présidente du comité de direction de l'aide à domicile: «Il a la capacité d'avoir des projets qui nous ouvrent des horizons.» Alain-François Junod, professeur: «Il faut souligner les efforts de réorganisation des structures de santé et de l'action sociale.»

Mais à l'évidence, certains des cadres du DASS avaient déjà entrepris un travail de deuil politique. Le même professeur Junod enchaînait ainsi en regrettant que le conseiller d'Etat ne se soit pas davantage investi sur le plan de la communication en faveur du réseau hospitalier entre Lausanne et Genève. Et, tout en louant les qualités de leur président, nombre des collaborateurs du département laissaient entendre qu'un renouveau n'est jamais mauvais à prendre. «On a toujours quelque chose à gagner d'un changement», lâchait l'un d'eux, un autre ajoutant: «Après douze ans au même poste, il est difficile d'avoir de nouveaux projets.»