genève

Des décisions «criminelles»

Yvan Perrin, Christian Lüscher, Carlo Sommaruga et Cesla Amarelle réagissent

Des décisions «criminelles», et des «erreurs d’évaluation»

Conseiller d’Etat neuchâtelois, l’UDC Yvan Perrin cherche ses adjectifs, et les trouve. «Affligeant», «consternant»: l’ancien policier dit sa «totale incompréhension». A son sens, un tel drame ne justifie pas un durcissement légal, mais il révèle «des lacunes dans l’application. Nous avons connu plusieurs affaires ces dernières années, dont le drame de Marie à Payerne, et on répète les mêmes erreurs. Dans la pratique, dans certains établissements, on se comporte comme si c’était le premier cas. Personne ne prend conscience du fait que nous avons des gens dangereux en prison. Il existe une chaîne de responsabilités, il faut se demander pourquoi on ne s’est pas montré plus méfiant. Laisser quelqu’un comme le détenu en question avec une jeune femme qui n’a pas le nécessaire pour l’affronter, c’est criminel.»

Pour le conseiller national Christian Lüscher (PLR) aussi, le drame met en lumière un manquement non pas dans la loi, mais «dans la pratique». «D’un point de vue abstrait d’abord, on voit à quel point il faut sortir d’une pensée soixante-huitarde où le délinquant est victime. Il doit y avoir pesée d’intérêts: la personne que l’on pense laisser sortir fait-elle courir un risque à la société? Si oui, cela doit conduire à une remise en cause du droit aux mesures de réinsertion. Les deux questions doivent être confrontées, et s’il y a risque, la sécurité prime. Ensuite, se posent des interrogations plus pratiques: comment peut-on laisser un violeur récidiviste aller faire du cheval en compagnie d’une jeune femme magnifique? C’est trivial, mais il faut aussi s’interroger dans ces termes. Si l’autorisation de sortie est donnée, pourquoi ne pas opter pour un garde du corps, qui puisse courir aussi vite que le détenu, qui soit en mesure de le maîtriser?»

Le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE) revient sur les erreurs d’évaluation: «Je suis choqué. Il y a quelques années, c’était Lucie. Il y a quelques mois, Marie. On se retrouve dans la même situation. Chaque fois, la dangerosité du coupable n’est pas évaluée correctement. Chaque fois, quelque chose n’a pas bien fonctionné dans la chaîne de commandement. Je suis tout de même étonné qu’après le décès de Marie, tous les cantons n’aient pas vérifié que cela ne se produise jamais chez eux. Comme si chacun attendait qu’il y ait un drame sur son territoire pour agir. Que faire maintenant? Je pense qu’on ne peut plus se fier à une seule appréciation pour décider du sort d’un détenu. Il faut au moins deux avis. Et je soutiens la proposition de mon collègue Daniel Jositsch. Il veut un contrôle fédéral sur le traitement des cas dangereux. Il y aurait une uniformité de traitement et de meilleures compétences.»

Cesla Amarelle, conseillère nationale (PS/VD), conclut: «Je constate une chose: nous faisons preuve de nonchalance. Pas seulement avant un drame, mais aussi après. Les autorités judiciaires vaudoises peinent à tirer les conséquences de la mort de Marie. Cette loi des séries est préoccupante, on se doit de réfléchir sur les risques de la réinsertion des délinquants dangereux. On constate que le suivi psychiatrique des détenus est lacunaire, la réinsertion mal maîtrisée. Il est temps de prendre ces problèmes à bras-le-corps, indépendamment de l’émotion du moment, tout en le disant clairement: on ne peut pas garder les détenus en prison pendant toute leur vie.»

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