Il l'a dit, prudemment certes, mais il l'a dit tout de même: Pascal Couchepin trouverait finalement assez logique que l'UDC obtienne un deuxième siège au Conseil fédéral (Le Temps du 28 juillet). Des propos qui n'ont pas manqué de faire réagir les démocrates-chrétiens au quart de tour. Ainsi Reto Nause, secrétaire général du PDC, parle de «propos irréfléchis» comparant Pascal Couchepin à un «missile sans tête». «Il n'a cessé ces jours d'attirer l'attention sur lui, que ce soit avec le débat sur l'élévation de l'âge de la retraite ou en évoquant la difficulté d'intégrer Micheline Calmy-Rey au Conseil fédéral. En tant que président, il devrait appeler au calme mais fait exactement le contraire!», souligne-t-il. Reto Nause ajoute que le PDC et le PS ont bien conçu la formule magique de telle sorte qu'il y ait correspondance entre la force parlementaire et arithmétique d'un parti et sa représentation au sein du Conseil fédéral, mais que les programmes des partis doivent également être pris en considération. La «logique» couchepinienne n'est ainsi nullement partagée par le PDC.

Au mépris de la collégialité

La vive réaction du parti peut étonner: dans l'interview accordée au Temps, Pascal Couchepin a bien précisé – tout en rappelant que les auteurs de la formule magique devraient, s'ils sont contre un deuxième siège UDC, renier leur propre concept – qu'il ne dévoilerait pas son opinion personnelle. Son art du déguisement oratoire – associé à sa spontanéité – ne trompe pourtant personne. Le PS se dit justement particulièrement étonné par la limpidité des propos. «Jamais avant Pascal Couchepin un radical ne s'était exprimé si clairement à propos d'un deuxième siège UDC», déclare Hans-Jürg Fehr, vice-président du PS. Il rappelle que pour le PS un deuxième conseiller fédéral UDC est «une possibilité sans être un but»: «Nous voulons surtout un centre droit fort et que le PDC ne tourne plus le dos à sa politique sociale.» Porte-parole du parti, Jean-Philippe Jeannerat ajoute: «Que Pascal Couchepin s'exprime ainsi comme membre du gouvernement et de surcroît à quelques mois des élections est surprenant. Il doit représenter une cohésion gouvernementale or ses déclarations pourraient avoir un effet direct sur la collégialité: les conseillers fédéraux PDC se sentiront visés…» Alors que son parti ne se serait jamais exprimé ainsi mais plutôt en faveur du statu quo, Guido Schommer, secrétaire général du PRD, affirme de son côté ne pas être trop étonné des propos du président. Quant à son homologue UDC, Gregor Rutz, il déclare: «En pleine campagne électorale, ces propos ne doivent pas être pris trop au sérieux. Au nom de la logique, Pascal Couchepin aurait d'ailleurs déjà dû faire cette déclaration en 1999 lorsque l'UDC est devenu le parti le plus fort de Suisse!»