Evaluer la dangerosité des jeunes pour prévenir la violence dans le milieu scolaire. A chaque fait divers tragique, le problème revient sur le devant de la scène médiatique avec un constat récurrent: les outils dont disposent les cantons sont insuffisants. La criminalité des jeunes est appréhendée quasi exclusivement par le biais des statistiques policières et des jugements pénaux. Ces indicateurs sont incomplets: selon un sondage national réalisé auprès de 3600 jeunes par l’Institut de police scientifique de l’Université de Lausanne, moins d’un tiers des délits subis sont dénoncés à la police.

Ces «chiffres noirs» de la violence juvénile sont traqués depuis peu. En Suisse, le canton de Zurich a joué un rôle de pionnier avec les recherches de Denis Ribeaud et Manuel Eisner. En 1999 et en 2007, les deux professeurs de l’Université de Zurich ont mené un sondage de délinquance autoreportée auprès de 2500 élèves de 9e année du canton. Conclusion: le nombre de victimes et d’auteurs d’infraction n’a guère changé, hormis pour les infractions sexuelles, en légère augmentation.

Travail à l’aveugle

Cette démarche pourrait faire des émules à Neuchâtel. Sous l’impulsion du chef du Service de l’école obligatoire, Jean-Claude Marguet, et du chef de la police de Sûreté Olivier Guéniat, un groupe de travail planche depuis plusieurs années sur la gestion des situations critiques. La succession de bains de sang dans des écoles américaines, allemandes ou finlandaises les a incités à s’interroger sur l’opportunité d’aller plus loin. «De telles tueries constituent un sujet nouveau, nous sommes encore démunis», reconnaît Olivier Guéniat. Depuis ce printemps, le groupe de travail réfléchit à l’opportunité de lancer une étude pour mieux connaître sa population scolaire. Une décision concernant sa réalisation devait être prise fin août. «Aujourd’hui, on est contraint de travailler à l’aveugle en se fiant au sentiment général, reprend Olivier Guéniat. La mise en place d’un «tableau de bord» qui détaille les habitudes par classe d’âge permettrait de mieux cibler les actions de prévention. Mieux connaître permet de mieux agir.»

L’idée n’est pas de constituer un registre des adolescents à risque comme prévoit de le faire la ville de Zurich. Comme l’a révélé le Tages-Anzeiger, les autorités scolaires se sont dotées d’un logiciel qui permet d’établir «un niveau de risque» pour les élèves potentiellement dangereux. L’idée rebute le ministre neuchâtelois de l’Education Philippe Gnaegi (PLR). «Je suis favorable à une étude anonyme qui permette de favoriser la prévention. Mais il est hors de question de stigmatiser les jeunes en les mettant dans une base de données.»

L’étude neuchâteloise chercherait en réalité à détailler les habitudes en matière d’alcool, d’armes, de jeux vidéo ou d’Internet. Elle serait reconduite ponctuellement afin de donner une photographie dynamique de la situation. De quoi permettre, à terme, de définir une stratégie cantonale pour réduire les risques de passage à l’acte.