La ville genevoise de Carouge en sait davantage sur son passé. L’archéologue cantonal genevois Jean Terrier a présenté ce mardi les vestiges romains et médiévaux découverts fin avril sur un chantier du quartier de la Fontenette, près des rives de l’Arve. Ces trouvailles gisaient entre 3 et 4,5 mètres sous l’actuel niveau du sol.

Il s’agit d’une part d’une cinquantaine de blocs de calcaire sculptés qui pourraient provenir d’un mausolée de l’époque romaine. En 1805, on avait trouvé, à une quarantaine de mètres de là, une épitaphe du centurion Marcus Carantius, décédé à la fin du premier siècle de notre ère. Cette collection lapidaire pourrait avoir été déplacée pour consolider les berges de la tumultueuse rivière, dont l’endiguement progressif a été réalisé au cours du Moyen-Age.

Au même endroit, les chercheurs ont retrouvé une imposante structure constituée de madriers de chênes assemblés horizontalement et verticalement. Les examens dendrochronologiques et carboniques font remonter la construction aux alentours de l’an 1115. Tout laisse penser qu’il s’agit des fondations de la pile d’un pont destiné à franchir la rivière. «Cet ouvrage a certainement été bâti au même emplacement que des ponts antérieurs, avance Jean Terrier. Les mausolées romains étaient toujours placés le long des voies à la sortie des localités.» Indice supplémentaire: le même site a abrité une maladière, nommée Saint-Nicolas-du-Pont-d’Arve, citée dès 1243.

Les historiens ont établi la localisation, à partir du XIIe siècle, de plusieurs franchissements de l’Arve, régulièrement reconstruits au fil des crues, en aval. L’existence antérieure d’un parcours situé plus en amont était soupçonnée et se trouve dès lors confortée. Selon Jean Terrier, le déplacement du parcours d’est en ouest pourrait être dû à un changement de configuration de la ville haute de Genève, toute proche, après l’érection par le comte de Genève d’un château sis à l’actuelle place du Bourg-de-Four. Le comte était chargé de la garde du pont, propriété du prince-évêque de Genève qui y percevait des droits.

Ces découvertes renvoient aux racines de Carouge et à son importance stratégique liée à sa fonction routière. Etymologiquement, le nom de la ville correspond au latin quadruvium (carrefour, en latin). C’est en effet à Carouge qu’après avoir quitté Genève et franchi l’Arve, le voyageur pouvait choisir l’un ou l’autre itinéraire menant vers le sud de l’Europe: d’une part vers Vienne (via Annecy) et d’autre part vers Lyon (via Saint-Julien, Seyssel puis le Rhône). Le réseau viaire actuel recoupe en bonne partie ces anciens parcours qui existaient au moins depuis l’époque romaine. D’autres voies, plus secondaires, remontaient la vallée de l’Arve ou permettaient de rejoindre plus directement la rive gauche du Rhône