La décroissance de l’Etat jurassien est en marche

Finances Pour la première fois, les charges du budget du canton du Jura sont en diminution. Le déficit est limité à 3,9 millions

L’événement a eu lieu début septembre, lorsque les leaders des cinq principaux partis politiques du canton du Jura associés au gouvernement, après un été de négociations autour d’une table ronde à huis clos, accouchaient du programme d’économies Optima. D’ici à 2018, le canton réduira de 5% les charges dont il a la maîtrise, soit 34,5 millions, au travers de 141 mesures et en diminuant de 90 le nombre d’emplois à l’administration et dans l’enseignement.

Les premiers effets d’Optima se lisent dans le budget 2015 présenté jeudi par le ministre des Finances, Charles Juillard. Sans plan d’économies, il aurait bouclé avec un déficit de 15 millions. Avec les premières touches d’Optima, la perte est ramenée à 3,9 millions.

Pour la première fois de son histoire longue de 36 ans, le Jura prévoit des charges globales en diminution. Un recul infime, de moins d’un million pour un budget de près de 900 millions, mais le ministre tient ainsi à lancer la décroissance financière de l’Etat jurassien. Un signal certes fort, mais qui ne se retrouve pas partout dans le budget. Ainsi, malgré l’intention affichée de réduire le nombre d’emplois et de le ramener à 1800 EPT en 2018, enseignants et agents publics additionnés, les effectifs continueront d’augmenter en 2015, de 15 EPT. Charles Juillard les justifie par des décisions antérieures au programme Optima et des exigences impératives: le Jura a besoin de cinq policiers supplémentaires, de huit agents de détention ou trois cantonniers pour entretenir son autoroute. «Grâce à Optima, nous pouvons déjà économiser près de 10 emplois», relève le ministre, dans un discours un brin ambigu.

Davantage d’indépendance

L’autre bonne nouvelle du budget 2015 du Jura, c’est la diminution de sa dépendance aux apports financiers fédéraux. Le montant de la péréquation sera identique en 2015 à celui de 2014 (ces dernières années, il augmentait d’une quinzaine de millions par an), et le Jura n’a comptabilisé que la moitié de sa part escomptée au bénéfice de la BNS. De 38%, la part de la manne fédérale au budget jurassien descend à 37,3%. C’est certes peu, mais cela annonce une inversion de tendance: le Jura comptera désormais davantage sur ses propres ressources. C’est avec un surplus de manne fiscale qu’il boucle son budget presque à l’équilibre: l’impôt des entreprises devrait croître à 58,7 millions (+7%), l’impôt des personnes physiques augmenter dans des proportions similaires.

Pour autant qu’il soit ratifié par le parlement – Charles Juillard insiste sur le fait que les 141 mesures sont toutes nécessaires, coupant l’herbe sous les pieds de ceux qui escomptent écarter l’un ou l’autre objet –, le programme Optima déploiera des effets encore plus importants en 2016 et 2017. Malgré cela, le budget jurassien ne fera que tendre à l’équilibre, en raison de pertes de revenus prévues: un ralentissement de la croissance se fait sentir dans l’horlogerie, la progression de l’assiette fiscale jurassienne lui fera «perdre» une part de la RPT, 20 à 30 millions – «la perte de RPT est supérieure aux recettes fiscales nouvelles», déplore Charles Juillard – et la réforme de la fiscalité des entreprises pourrait coûter 10 à 20 millions au Jura. Charles Juillard étudie un nouveau taux d’imposition des entreprises. Il est de 21% actuellement, mais «on n’arrivera pas à proposer 13%, c’est insupportable pour notre trésorerie», dit-il.