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La décroissance opposée à la libre circulation

Inquiètes des dangers qui pèsent sur la libre circulation, les sociétés de placement ont étudié les craintes des Suisses face à la surpopulation. Pour le directeur de l’Institut Duttweiler, il faut découpler démographie et croissance économique

Moins de croissance égale moins d’immigration, donc plus de sécurité, davantage de démocratie, une meilleure protection de l’environnement, une meilleure qualité de vie.

C’est le message à rebrousse-poil, inspiré du Club de Rome et proche des idées d’Ecopop, qu’est venu tenir David Bosshart, directeur de l’Institut Duttweiler, auteur du livre The Age of less – l’âge du moins –, devant les entreprises de placement, lundi à Berne.

Or les entreprises de travail temporaire, qui réalisent une bonne part de leur chiffre d’affaires avec la main-d’œuvre étrangère, sont plutôt inquiètes des signes de malaise qui apparaissent dans la population face à l’immigration et à la libre circulation.

Avec quatre ressortissants étrangers sur dix engagés temporaires, la branche du travail temporaire a réalisé l’an dernier sa meilleure année: 4,4 milliards de francs de masse salariale, et 142 millions d’heures d’engagement.

La libre circulation y est pour beaucoup, selon le président de l’organisation faîtière swisstaffing, Charles Bélaz.

Confirmations

L’étude commandée à l’Université de Neuchâtel sur les sentiments que nourrissent les Suisses à l’égard des étrangers confirme ce que l’on pressentait: plus les personnes interrogées sont âgées, plus elles expriment leur peur face à la surpopulation étrangère. De même, plus la formation et les revenus sont bas, plus cette crainte apparaît. Enfin, les personnes partageant les idées de l’UDC ont plus peur que celles qui sont proches de la gauche ou des Verts.

Le malaise s’accroît surtout avec l’éloignement géographique et culturel entre Suisses et immigrés. Face aux Européens, les Suisses n’éprouvent guère plus d’embarras que face à des voisins venus d’un autre canton.

Mais le malaise est plus grand avec des personnes venues du sud-est de l’Europe, des Balkans ou de Roumanie. Le port du voile, la couleur de la peau et surtout le fait de profiter de l’aide sociale, d’être au chômage constituent des sources de trouble.

L’étude montre aussi que la concurrence constituée par les nouveaux immigrés est très limitée. Elle s’exerce surtout au détriment des «débutants suisses» de niveau universitaire et, plus tard, dans les professions académiques et les cadres supérieurs. L’idée selon laquelle les immigrants non qualifiés viendraient prendre le travail des Suisses est sans fondement.

Dans ce contexte, les entreprises de travail intérimaire ont bien compris qu’il leur sera difficile d’influencer un climat de méfiance avant les trois votations qui attendent les Suisses sur l’immigration dès l’an prochain.

D’autant plus que les réflexions du brasseur d’idées David Bosshart ne sont pas là pour conforter les acteurs dans le politiquement correct. Selon le directeur de l’Institut Duttweiler, «le politiquement correct et le populisme sont aussi dangereux que la globalisation irréfléchie». La confrontation entre Nord et Sud, pays occidentaux et pays asiatiques ou de l’Est européen promet d’être rude.

L’immigration a dramatiquement augmenté à travers le monde, favorisée par l’envie des gens du Sud de profiter du même niveau de vie et de protection sociale que les Européens, mais aussi par le besoin de main-d’œuvre des pays occidentaux en perte démographique.

Or, dit David Bosshart, en faisant ainsi dépendre la croissance économique de la croissance démographique, le système accepte la solution la plus facile, renonce à la créativité, et à la nécessité de trouver d’autres solutions pour maintenir une certaine qualité de vie.

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