Les sondages les donnaient perdants, pourtant les opposants valaisans à la loi sur les armes voulaient croire à un scénario inverse. Pour vivre cette journée de votations, ils se sont donné rendez-vous dans un restaurant de Sion. A peine leurs affiches collées au mur, les premiers résultats tombent. Ce ne sont pas ceux qui étaient escomptés.

«Ce n’est pas fini», lance Robin Udry, le secrétaire général de ProTell, le lobby des armes suisse. La dizaine de personnes présentes dans la salle semblent pourtant avoir compris que la défaite se dessine. Quelques résultats, comme celui de la petite commune haut-valaisanne de Zwischbergen, qui refuse le texte à plus de 90%, redonnent le sourire. Un court instant. Le oui de nombreuses communes valaisannes de montagne et ceux des cantons de Glaris et Nidwald enterrent les derniers espoirs. La messe est dite.

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La peur de la sortie de l’espace Schengen

«Les Suisses acceptent de marcher à la peur. Les menacer paie, hélas», soupire le président de ProTell et conseiller national UDC Jean-Luc Addor, dont le parti n’est pas le dernier à jouer sur la peur pour faire passer ses messages. L’analyse des résultats est limpide et partagée par tout le monde: l’argument de la possible sortie de l’espace Schengen/Dublin a fait mouche, «même dans un canton comme le Valais, où la population de chasseurs et de tireurs est très grande», souligne le député PLR Julien Dubuis, lui-même tireur. La population du Vieux-Pays a accepté le texte à plus de 57%. Nouveau coup d’assommoir.

Autour de la table, l’Union européenne (UE) occupe une place de choix dans les discussions. Les affiches des opposants parlaient de diktat de l’UE, mais on préfère évoquer une sorte de ruse. «Pour arriver à ses fins, Bruxelles agit de manière détournée. L’UE nous impose sa vision sans le dire directement», lance une des personnes présentes. Une autre ajoute que le peuple réagirait peut-être différemment si Bruxelles imposait une directive qui touchait le porte-monnaie et non pas les armes. Pour Robin Udry, les résultats du jour démontrent que «la Suisse est à la merci de n’importe quelle directive de l’UE, si cette dernière est assortie de la menace de la sortie de l’espace Schengen/Dublin».

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«Ce n’est que le début de la bataille»

Les discussions se poursuivent autour d’un verre de vin rouge et d’un plat valaisan. En cas de victoire, la salle aurait certainement été pleine. Là, elle semble bien vide. Robin Udry n’est pas défait pour autant. Au contraire, même, il affiche toujours sa détermination. «Le peuple n’est vaincu que lorsqu’il s’avoue vaincu. Ce n’est que le début de la bataille, promet-il. L’UE veut le désarmement de la population civile en Europe. Une première étape dans ce sens a été franchie avec la votation de ce week-end. Demain, le durcissement sera encore plus grand. ProTell et la Communauté d’intérêts du tir suisse seront toujours au rendez-vous pour se battre et défendre les droits des Suisses.»

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Et cela commencera avec l’application du texte accepté par les Suisses ce dimanche. «Nous prenons le Conseil fédéral et les politiques au mot, explique le secrétaire général de ProTell. La classe politique a promis qu’il n’y aurait pas de confiscation d’armes, ni de désarmement, que nos traditions ne seraient pas en danger et que tout le monde aurait le droit à un permis exceptionnel s’il en fait la demande. ProTell sera le garant de la tenue de cette promesse et nous n’hésiterons pas à agir en justice, avec nos avocats, si cela ne devait pas être le cas.»