Le retour des notes et des directeurs à l'école primaire n'était qu'un début. Désormais, le ministre socialiste Charles Beer s'attaque au Cycle d'orientation, «unanimement décrié» à Genève. Une réforme qui passera par la création, à la rentrée 2009, d'un Service de la scolarité obligatoire, qui chapeautera le primaire et le Cycle. Entretien.

Le Temps: Le prochain grand enjeu scolaire concerne le Cycle d'orientation: deux initiatives contradictoires proposent sa refonte totale. Quelle est votre stratégie?

Charles Beer: Ma première priorité est d'élaborer un contre-projet à ces deux initiatives, que j'estime caricaturales. Mon objectif est d'aboutir à une votation populaire sur le Cycle en 2008. Ensuite, il s'agira de revoir les programmes scolaires dans le cadre d'un nouveau règlement d'application. Enfin, le Département de l'instruction publique va créer un Service de la scolarité obligatoire dès le 1er janvier 2009, qui chapeautera l'école primaire et le Cycle d'orientation. Cela permettra de garantir une plus grande cohérence des programmes. Notamment dans le cadre du plan d'études unique romand qui couvre la scolarité obligatoire dès l'âge de quatre ans.

- Pourquoi rejetez-vous les deux initiatives populaires sur le Cycle?

- L'initiative du «Réseau école et laïcité» (Réel) propose une école excessivement hiérarchisée avec quatre sections dès la 7e et six dès la 8e. Cela implique que le livret scolaire de 6e primaire détermine l'avenir des élèves. Ce texte prône un Cycle qui sélectionne et désoriente. A l'inverse, l'initiative de l'association «Former sans exclure» entend regrouper tous les élèves, quel que soit leur niveau. Ceci au nom de la générosité et de l'égalité des chances. J'estime qu'il est illusoire de faire abstraction du niveau des élèves. Par ailleurs, ce texte ne tient pas compte de la volonté populaire: en 2001, les Genevois ont rejeté le principe d'une 7e année hétérogène. Quand on sait qu'il n'y a aucune corrélation entre l'organisation du Cycle et les résultats des élèves, le débat apparaît comme purement religieux.

- Vous n'êtes pourtant pas satisfait du système actuel, puisque vous planchez sur un contre-projet....

- Le Cycle d'orientation doit être complètement revu car il présente trois défauts majeurs. Premièrement, le passage du système des sections, que l'on connaissait avant 2001, à celui des actuels regroupements A et B s'est fait sans que la population soit consultée. Il découle d'un choix du département de l'époque et manque de légitimité. Second problème: le Cycle est aujourd'hui unanimement décrié par les acteurs du débat scolaire, car le passage d'un regroupement à l'autre est trop rare. Troisièmement, le système actuel manque de lisibilité. Les regroupements A et B ne prennent pas suffisamment en considération les profils des élèves.

- Alors que proposez-vous?

- Le futur Cycle devra mieux remplir sa fonction d'orientation et offrir davantage de perméabilité entre les sections. Outre la formation gymnasiale, il faut mieux préparer les jeunes à une formation professionnelle dans le cadre du Cycle. Mais comme les entreprises qui engagent à l'âge de quinze ans sont rares, il est aussi nécessaire de développer le préapprentissage.

- Vous semblez souscrire à la proposition de l'Association refaire l'école, qui souhaite un découpage du Cycle en trois sections: une gymnasiale, une pratique et une pour les élèves en difficulté...

- Cette proposition est défendable, tout comme d'autres que j'ai reçues. Ce qui est certain, c'est que j'entends travailler avec l'ensemble des partis politiques, contrairement à ce qui s'est produit pour l'école primaire. Il n'est pas question d'élaborer un projet interne puis de mettre les élus devant le fait accompli.

- Dans le cadre de votre réforme, qu'allez-vous faire pour pallier les graves lacunes des élèves qui sortent du Cycle sans maîtriser le français?

- Il y a une crise générale par rapport à la langue écrite. Des études montrent que le niveau global des adultes est moins bon que celui des adolescents. C'est donc une critique un peu injuste envers une génération. De plus, ce n'est pas le monopole de Genève et de la Suisse.

- Sous prétexte que Genève est aussi médiocre que les autres, il ne faudrait donc rien changer?

- Nous agissons sur plusieurs fronts, principalement sur la lecture, qui est un des enjeux principaux. Par ailleurs, le futur plan d'étude unique romand définira les standards de compétence à atteindre.

- Les libéraux réclament la maturité à 18 ans. Votre réforme du Cycle sera-t-elle compatible avec ce projet?

- Je n'y suis pas favorable. Abaisser d'un an l'âge de l'obtention de la maturité reviendrait à supprimer au minimum 5% de diplômes par volée. Les élèves en échec iraient alors grossir les rangs des filières professionnelles. En revanche, il faudrait permettre à ceux qui ont de la facilité de sauter une classe au Cycle d'orientation ou au collège. Mais je tiens à conserver le taux actuel de détenteurs de maturité.

- Certains plaident au contraire pour une revalorisation de l'apprentissage...

- C'est ce que nous prônons avec la conseillère fédérale Doris Leuthard. Mais le nombre de places d'apprentissage n'est pas extensible à souhait.