Beznau pèse sur le débat politique

Nucléaire Les «défauts» observés sur la cuve laissent perplexe

Les incertitudes qui planent sur la centrale de Beznau s’invitent dans le débat sur la sortie du nucléaire. Greenpeace a envoyé aux membres de la commission du Conseil des Etats, qui reprend le dossier lundi, un argumentaire de quatre pages, dont Le Temps a pris connaissance.

«Les nouvelles défaillances constatées sur la cuve de pression du réac­teur appellent des mesures ­politiques immédiates», plaide Greenpeace. Le 16 juillet, le propriétaire de Beznau I et II, Axpo, et l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) ont annoncé la découverte d’«irrégularités» sur la cuve, le conteneur qui se trouve au cœur de l’installation et contient le combustible hautement radioactif.

Ces défauts ont été identifiés par des mesures à ultrasons effectuées durant la révision annuelle. L’arrêt du réacteur est ainsi prolongé pour une durée indéterminée, le temps d’analyser et d’évaluer l’ampleur de ces défauts. «Ces vérifications se font soigneusement, à l’aide des meilleurs experts, y compris externes et internationaux. Cela prend plusieurs semaines», explique Tobias Kistner, porte-parole d’Axpo.

Une fois ces éléments clarifiés, le dossier sera transmis à l’IFSN, qui décidera si et à quelles conditions Beznau I, la plus ancienne centrale nucléaire en activité dans le monde, peut être remise en route. Le 22 juillet, l’IFSN a considéré qu’il n’était pas nécessaire de mettre prématurément hors service Beznau II, dont la révision annuelle est imminente.

Depuis quand?

Parmi les points à éclaircir, il faut déterminer si ces défauts peuvent être comparés aux fissures relevées en 2012 dans le matériau de base des cuves de pression de deux centrales belges, Doel et Tihange, qui ont été arrêtées en 2014. «Un expert belge venu sur place assure qu’ils ne sont pas comparables à ces fissures», affirme Tobias Kistner.

Par ailleurs, il s’agit de comprendre si ces «irrégularités» existent depuis la mise en service du réacteur en 1969 ou si elles sont apparues plus tard. Pour Axpo, ces défauts peuvent provenir de «petites impuretés» pendant le processus de construction. Mais alors comment expliquer qu’ils n’aient pas été détectés plus tôt? «S’ils n’ont pas été documentés au moment de la fabrication, c’est parce qu’en 1969 la technique de contrôle n’était pas suffisamment développée pour détecter des irrégularités aussi minimes», répond Tobias Kistner.

Mais ces défauts ont peut-être surgi durant l’exploitation. «S’ils sont liés au vieillissement, c’est une raison de plus d’arrêter définitivement Beznau», plaide Florian Kasser, de Greenpeace. C’est en ce sens que l’organisation écologiste in­tervient auprès des conseillers aux Etats. Elle leur demande de corriger la décision du Conseil national, qui permet de prolonger la durée d’exploitation d’une centrale jusqu’à 60 ans, soit, théoriquement, pendant encore 14 ans pour Beznau I.

Les représentants du camp rose-vert vont se concerter pour définir leur position en vue des débats de la commission des Etats. Mais les partisans du nucléaire s’agitent eux aussi. Ils tentent d’infléchir la commission dans l’autre sens. Dans une annonce publiée vendredi dans la NZZ, ils invoquent les avantages de l’énergie atomique, notamment la sécurité de l’approvisionnement et le coût élevé du subventionnement des énergies de substitution.