La première chose qu’Oskar Freysinger a installée dans son bureau, ce sont des drapeaux miniatures. De la Suisse et du Valais. «Ceux-là ne devraient pas être critiqués», plaisante-t-il.

Lors de sa première session face au parlement valaisan cette semaine, il a remis en question la loi sur l’enseignement primaire (LEP) élaborée par le PLR. Il a répondu par la négative à un postulat sur l’élaboration d’un plan gitan, réponse écrite par la socialiste qui l’a précédé. Tout en précisant qu’il avait commencé à organiser un tel plan. Il s’est encore opposé à l’interdiction du voile intégral, alors qu’il défend la position inverse au Conseil national. Finalement, le parlement valaisan a choisi d’interdire le voile intégral contre l’avis officiel du Conseil d’Etat.

Certains parlementaires ont déclaré qu’il avait donné de faux chiffres au sujet des étudiants logés dans un foyer sédunois, d’autres ont accusé son département de paralysie. Au terme de quelque deux semaines à la tête du Département de la formation et de la sécurité, Oskar Freysinger a l’air fatigué.

Le Temps: Comment avez-vous vécu cette session?

Oskar Freysinger: Devoir défendre une loi que je n’ai pas élaborée et qui suscite quelque 127 amendements, c’est un peu une peau de banane. Pour l’instant, j’ai fait le tour de 7 services sur les 11 que je gère, car il y a énormément de nouvelles informations à enregistrer. Mes journées commencent à 6h et se terminent à minuit.

– Remettez-vous en question votre mandat de conseiller national?

– Non. C’est une phase d’apprentissage et d’organisation, mais je maintiens que je peux faire les deux choses.

– En consultation, la LEP avait rencontré l’adhésion. Les changements au Conseil d’Etat et au parlement provoquent-ils des tensions nouvelles?

– Il y a plus d’affrontements, sans doute parce qu’un tiers du parlement a été renouvelé et que les gens cherchent leurs marques. La Commission de l’enseignement a elle aussi considérablement changé. Il ne reste que quatre anciens membres sur treize. A cela s’ajoute le fait que l’école est un sujet très émotionnel.

– Qu’est-ce qui vous pose problème dans cette loi?

– Le problème principal est financier, parce qu’elle générera des dépenses difficiles à prévoir. Elle propose, notamment, de renforcer le nombre de médiateurs scolaires, de mettre une direction dans chaque école, même dans les petites communes. Elle remet en cause l’indépendance des enseignants, en leur demandant de rendre compte de leurs activités, un peu comme les actes médicaux correspondent à des points TarMed. C’est une insertion en catimini de la réforme scolaire «E2000», que le peuple avait refusée. La loi pose encore l’intégration des élèves allophones ou souffrant d’un handicap comme priorité idéologique. Je tiens à l’idée d’intégration, mais il faut se déterminer au cas par cas, en s’assurant que le bien-être de l’élève et de la classe est respecté.

– Cette intégration pose-t-elle des problèmes réels dans les classes, ou s’agit-il d’une simple modification idéologique?

– Cette question a souffert d’une omerta terrible, parce que ceux qui parlaient craignaient des sanctions, mais il est certain qu’il y a des problèmes. Dans certaines classes du cycle d’orientation, il y a cinq élèves francophones pour quinze allophones, dans des quartiers qui sont un peu devenus des ghettos pour certaines communautés. Il faudra donc aussi réviser la loi sur le cycle d’orientation d’ici à une année ou deux, parce qu’elle pose aussi des problèmes [la loi a été récemment révisée par le parlement, sous l’égide du PLR Claude Roch].

– Esther Waeber-Kalbermatten avait entamé une réforme des prisons où les gardiens sont en sous-effectif et où les médecins ont dénoncé leur contrat depuis une année…

– Il y a des problèmes de coûts, or je ne peux travailler qu’avec des déplacements de postes à l’interne. Quant au problème des médecins, je vais le régler prochainement avec mes services.

– Quelles sont les priorités que vous avez déjà pu définir pour vos services?

– L’élaboration d’un protocole précis pour gérer le problème des gitans avant l’arrivée de l’été, pour éviter une affaire comme celle de Collombey l’an dernier [des gens du voyage avaient investi le champ d’un paysan pour célébrer un mariage]. Il faut définir qui fait quoi dans ce genre de cas, entre justice, police et chef du département. Nous avons déjà fait une étude des bases légales existantes, et Christian Varone, commandant de la police cantonale, viendra me soumettre une solution pragmatique. Je veux aussi assister à un match du FC Sion pour analyser le système de sécurité en place vis-à-vis des hooligans. Il y a encore le problème de la sécurisation en zone frontalière, notamment dans le Chablais, où la criminalité augmente. Je dois aussi nommer mon état-major, parce qu’il est très important d’avoir un cercle de proches en qui je puisse avoir toute confiance et qui agissent en symbiose avec moi.

– Vous disiez que vous alliez devoir économiser 25 millions dans votre département pour le budget 2014. Pour quelles raisons?

– Ce sont les premiers effets de la LAT et de la Lex Weber. Les incertitudes juridiques qui y sont liées ont fait diminuer le volume commercial.

– Cela veut dire qu’il faut couper environ 100 millions sur l’ensemble du budget de l’Etat?

– Mon département a un budget d’environ 1,2 milliard de francs, et représente environ la moitié du personnel de l’Etat. Donc, si l’on reporte la proportion à l’ensemble du budget, cela représente plutôt quelque 70 à 80 millions.