Durant toute la semaine, et jeudi encore à l’annonce du verdict du Tribunal cantonal vaudois, les activistes du climat n’ont cessé de dénoncer l'«inaction» de la politique pour justifier leurs actes de désobéissance civile et l’occupation de la place Fédérale. Or, leur mobilisation a déjà porté ses fruits. Sans les manifestations en faveur du climat, la loi sur le CO2 n’aurait peut-être pas été sauvée du naufrage.

Il n’est pas inutile de rappeler que le Conseil national l’avait coulée en décembre 2018. Elle n’a pu être repêchée que parce qu’un parti, le PLR, a compris qu’il fallait agir face aux dérèglements climatiques, dont la Suisse, pays de glaciers, château d’eau du continent, souffre très directement. Grâce au revirement, certes tardif, des libéraux-radicaux, une majorité du parlement a fini par soutenir la réforme de la loi sur le CO2. Où est donc l'«inaction» helvétique pointée du doigt par Extinction Rebellion, campagne internationale de désobéissance civile née au Royaume-Uni, et par les mouvements frères qui se sont fédérés autour d’elle?

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L’une de leurs revendications retient particulièrement l’attention. Dans leur manifeste, ils en appellent à la «démocratie participative» et réclament «l’implication proactive de tous les habitants et habitantes de la Suisse dans le processus décisionnel dans toutes les sphères de notre société». Cela tombe bien: c’est exactement ainsi que fonctionne ce pays.

Grâce à la démocratie directe, que peu d’autres Etats pratiquent avec la même vigueur, la population suisse dira ce qu’elle pense des efforts demandés pour limiter les émissions de CO2. Un référendum est annoncé, le vote aura lieu l’an prochain. Il n’est pas gagné d’avance. Le projet validé par le parlement exige des changements d’attitude, d’habitudes, de chauffage, de voiture, de moyen de transport. Il pioche dans le porte-monnaie des citoyens.

Les activistes proclament qu’il est trop timoré. D’autres jugent qu’il va trop loin. Les résistances ne se limitent pas à l’UDC. Au parlement, les représentants des régions de montagne et des PME ont exprimé leurs réserves, quand ce n’est pas leur opposition aux mesures décidées. Il faudra convaincre. Certes, la loi proposée est loin d’être parfaite. Elle est un premier pas. Il en faudra d’autres. Mais si l’on veut tout, tout de suite et trop, trop vite, on court le risque de ne rien avoir du tout.