«Je sais que mon futur est très sombre. J’aimerais repartir de zéro mais pas de moins 8 ou de moins 20 millions.» En guise de dernier message à ses juges, le gestionnaire déchu de Credit Suisse a espéré un verdict qui ne le dépouillerait pas totalement et ne l’endetterait pas pour toujours. Son avocat, Me Simon Ntah, l’a formulé ainsi: «Si la banque veut le faire payer aussi cher, en allant jusqu’à traquer les achats de son épouse chez Chanel, c’est pour envoyer un message à tous ses employés. Une telle mesure serait incompatible avec sa réinsertion sociale. Il faut lui laisser une chance de revoir un jour la surface de l’eau.»

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La bataille des très gros montants, c’était mercredi entre parties plaignantes. La version défense est plus modeste mais lourde d'enjeux pour le principal intéressé. Patrice L., dont tous les avoirs, même les pulls, une Rolex ou encore les 130 francs qui traînaient sur la table, ont été saisis, est prêt à rendre la totalité des fonds qui sont le produit d’une infraction et qui se trouvent sur les comptes de ses sociétés. «Il ne lui restera plus rien», a souligné Me Ntah en demandant au tribunal d’épargner la petite maison proche de Nyon et les avoirs LPP. Et surtout de renoncer à toute créance compensatrice et d'écarter les conclusions civiles de la banque, qui réclame bien des millions à son ex-star.

Une ficelle parfois trop grosse

Même si le prévenu reconnaît l’essentiel des faits, son défenseur s’est battu avec une belle énergie – et l’assistance logistique de Me Caroline Neithardt – pour analyser toutes les opérations et dénicher les failles permettant d’alléger le verdict, et donc aussi la facture. Ainsi, l’escroquerie devrait être écartée dans les cas où la banque n’a pas porté l’attention minimum qui aurait pu lui éviter d’être trompée. Par exemple en regardant de plus près les énormes transferts opérés depuis les comptes de l’ancien premier ministre géorgien Bidzina Ivanishvili. La combine n’était pas toujours parfaite. Certains achats de titres à des valeurs cinq fois plus élevées ou encore l’absence de toute instruction du client auraient dû nourrir la méfiance. «Avec un contrôle effectif, on l’aurait vu.»

La défense a également passé au crible les actes de gestion déloyale pour en extraire ceux qui ne visaient pas à nuire aux intérêts du client, ceux qui n’ont pas causé de dommage et ceux qui n’avaient pas pour but de toucher un magot illégitime. D’ailleurs, aux yeux de Me Ntah, le prévenu a surtout péché par orgueil. «Il pensait pouvoir rendre riche tout le monde et, au passage, lui aussi.» L’avocat ajoute que mettre en lumière les défaillances de la banque n’équivaut pas à déresponsabiliser son client: «Il a toujours dit qu’il était resté le capitaine de son âme. Il s’est certes senti très seul à la barre de ce navire qui pesait plus de 2 milliards, mais il a avoué avoir tout décidé lui-même.»

L’âme russe

La peine de 5 ans requise par le procureur Yves Bertossa est trop élevée, a conclu l’avocat. Rien ne sert de garder Patrice L., 54 ans, plus longtemps en prison. Il y a déjà passé deux ans. Sa prise de conscience est totale et sa punition sociale déjà grande. Dans le milieu impitoyable de la finance, ses amis l’ont vite lâché et aucun n’a accepté de venir témoigner en sa faveur. Le prévenu a quant à lui présenté ses excuses à tous ses clients, qu’il dit avoir appréciés et toujours respectés pour leur force de caractère. Il comprend leur colère et leur sentiment de trahison. Une réaction normale: «La Russie est le pays de la passion. On aime trop ou alors on déteste. C’est la nature de l’âme russe.» L’esprit des juges genevois se dévoilera le 9 février.

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