De bon matin, la foule s’est agglutinée à l’extérieur de la salle d’audience dans l’espoir de trouver une place. La défense du financier avide, haineux et amoureux, déprimé et fauché (tout est relatif), attire le public. Ou alors c’est la confrontation de ces deux mondes, le bourgeois et l’ouvrier, comme plaidé hier, qui nourrit la curiosité. Ou les deux et encore autre chose.

Yaël Hayat est la première à se lancer. L’imprévisible Jacques Barillon enchaînera. Attention à ne pas trop froisser le Ministère public. Hier, François Canonica s’est déjà fait rappeler à l’ordre en pleine intervention sonore par la présidente. Et Marc Bonnant a aussi volé au secours de l’accusation. «On n’offense pas un procureur, on le réfute». C’est beau.

Mais revenons à nos moutons. L’expression est mal choisie et pourrait donner des idées de réplique à Me Bonnant sur le thème, déjà visité, de la décapitation. Alors, revenons à nos cygnes, c’est plus neutre.

Yaël Hayat, donc, avec une lecture du serment prêté par le magistrat. Histoire de rappeler aux juges de ne «pas succomber à des idées courtes». Pas sûr qu’ils apprécient. L’avocate convoque ensuite Spinoza dans la salle. Car il faut comprendre. Comprendre quoi? Que cet homme a pu avoir la capacité de renoncer un jour à mettre en œuvre un projet si noir.

Maintenant c’est Roland Barthes et la dimension tragique de l’aveu, la difficulté de nommer le mal voulu. Puis Alain, encore sur la vérité. Un peu de philosophie ne fera de mal à personne.

Nous y voici. L’amour et la haine de cet homme pour une épouse qui est devenue la reine de la finance grâce à lui et qui dort avec un autre. «Il ne s’est pas réveillé un matin en se disant qu’il allait tuer sa femme». Yaël Hayat convoque la mythologie grecque et Hermione. Cela fera plaisir à Marc Bonnant. Dostoïevski aussi. Albert Camus et les larmes qu’il faut verser à l’enterrement de sa mère pour ne pas être voué aux gémonies.

Des thèmes forts pour une défense très inspirée. D’ailleurs le prof de tennis et amant de l’épouse n’a vraiment rien compris. Lui qui est allé voir les policiers pour dire que le banquier était suspect car il n’avait pas pleuré aux obsèques de sa sœur suicidée.

Mais comment peut-on aimer ses enfants et vouloir tuer leur mère? La peur de les perdre. Ce n’est certainement pas la cupidité qui a motivé le gérant de fortune. Le mobile financier est raillé par la défense. Le mari voulait simplement partager les acquêts. Il était dans son bon droit. C’est son épouse qui s’est désolidarisée et l’a laissé tomber au moment critique. «Il n’y a pas de mobile rationnel. Ce n’est pas un crime rationnel».

Par contre, il y a un mobile pour le contrordre. Le financier est tombé amoureux d’une belle Italienne. Ils vont avoir un enfant. Fini les aventures torrides et sans avenir dont on ne saura pas beaucoup plus même si le sujet a été longuement investigué. Fini cette incapacité d’admettre la faillite de son mariage. Il peut divorcer et envisager autre chose que la mort de sa femme.

Me Hayat le répète. Le contrordre a été donné, reçu et même transmis. C’est le tueur à gages qui n’a pas voulu laisser tomber pour toucher les 400 000 francs. Il l’a dit avant de prétexter une erreur de traduction et d’arranger sa version.

Les démons des uns, les espoirs des autres. Le sujet est inépuisable.

Le moment de l’agression, délicat. La défense trouve une explication pour chaque anomalie. D’ailleurs, le parfait criminel n’aurait jamais été aussi agité et le père ne serait jamais monté dire à ses enfants d’écouter ces cris en sachant que c’était leur mère. Les juges, attentifs, notent. Sont-ils en train d’envisager? C’est ce que vise Me Hayat avec une justesse certaine. Elle leur demande même d’envisager d’abandonner l’instigation à assassinat pour des actes préparatoires avec désistement. Et une peine n’excédant pas cinq ans pour cet homme déjà à terre et abandonné de tous. Même la victime est émue.

Qu’est-ce qui reste à plaider pour la défense du financier? Les chiens aphones. Le sujet sera pour Jacques Barillon, intronisé expert des canidés. On se réjouit déjà.